Archive | novembre, 2011

Un autre article sur Souad Abderrahim

11 Nov

Bonjour, vous me reconnaissez ? C’est moi, la candidate à la constituante qui ne veut pas faire la queue pour allez voter, celle qui veut installer les bonnes mœurs dans le pays, ou encore, celle qui trouve que les mères célibataires sont une abomination (pour bien comprendre le truc, une abomination, c’est un truc super grave, genre le jean slim pour les mecs par exemple).

C’est moi Super Connasse ! Ou plus communément appelée Souad Abderrahim.

Toute ma vie, j’ai toujours été différente de mes contemporains. Lorsque vous, communs des mortels étiez passionnés par le Foot, les randonnées ou la collecte de timbres, moi j’optais pour d’autres hobbies tels que faire chier les gens, répandre mes pensées rétrogrades et éduquer le peuple tunisien qui n’arrive pas à s’autogérer.

Ce qui est bien dans tout ça, c’est que le fait que je sois non-voilée et maquillée (mal maquillé d’ailleurs mais là n’est pas la question) me permet en quelque sorte de sortir tous plein de conneries en toute légitimité. Si un jour je dis par exemple que les homosexuels méritent la pendaison en place publique, on ne pourra pas m’accuser d’être extrémiste vu que mes cheveux décolorés volent au vent et que dans mon boulot je vends tout pleins de trucs tabous tels que les capotes et autres pilules du lendemain.

D’ailleurs, certaines mauvaises langues disent qu’Ennahdha m’a mis en tête de liste pour ces raisons, et que le fait d’avoir choisi la zone de Tunis 2, réputée comme étant la plus craintive vis-à-vis ce parti est un choix stratégique. C’est fou ce que les gens peuvent être jaloux dans ce pays. Que veulent-ils à la fin ? Que les gens soient libres de vivre leur vie comme ça leur chante ? Et puis quoi encore ? Vous verrez que bientôt ils vont nous réclamer le droit d’avorter ces cons. Ah, on me signale que c’est déjà le cas… Mais c’est quoi ce pays de merde ?

Ah oui je ne vous ai pas dit, mes idoles dans la vie sont : Saida Agrebi, Leila Ben Ali et l’Ayatollah Khomeini. Au final je suis heureuse d’avoir hérité du physique de la 1ère, de la perfidie de la 2ème et des idées du 3ème. Voilà ce qu’on appelle une vie accomplie.

Maintenant, il ne me reste plus qu’une étape pour achever ma carrière en beauté : devenir ministre de la femme. Parce qu’il faut avouer qu’elles ont besoin de recadrage celles-là ! D’abord pour commencer, ça veut avoir des enfants en dehors du mariage et après ça vient réclamer des droits. Si au moins  elles ont été violées je comprendrais, mais là c’est consenti, quelle horreur ! (Comment ça on ne peut pas toujours prouver qu’une femme a été violée ? Ah au temps pour moi, je ne le savais pas). Après ça veut adopter des gosses et leur filer leur nom de famille. Non mais manquerait plus qu’un gosse élevé dès sa naissance par une famille se sente comme chez lui !

Y en a même qui réclame le droit au concubinage ! Non mais moi quand j’étais jeune et qu’un mec voulait bien de moi parce qu’il était bourré, on savait se cacher dans une plage déserte ou derrière des buissons. Mais là dans un appart avec les voisins qui risquent d’entendre le bruit, c’est « 7ram » ! Intolérable dans un pays musulman.

Bref le travail va être long et dur (par comme celle de Samir Dilou… pardon je m’égare), mais j’y arriverai, d’ici quelques années la société sera enfin nettoyée au karcher, on aura enfin des jeunes femmes qui ne coucheront plus avec des hommes. Enfin elles le feront peut-être mais elles ne le diront pas après.

Alors pour conclure, je vais vous citer ce qu’a dit un certain Marwen Ben Messaoud, histoire de vous montrer à quel point les gens sont haineux envers moi :

Chère Madame,

Tant que je ne viens pas boire de la bière chez VOUS, en matant un porno sur VOTRE télé, je ne vois pas pourquoi vous ouvrez votre grande gueule.

Maintenant, je pense être le plus poli possible en vous disant : « Connasse » !

L’infernale spirale de l’extrémisme

2 Nov

Neuf mois sont passés depuis le départ de Ben Ali, neuf mois d’une gestation mouvementée qui aura accouché d’un constat sans appel : une bonne partie des tunisiens a pour unique priorité le respect de sa religion.

Il est bien sûr évident que la religion prenne autant d’importance dans une société aussi conservatrice que la nôtre, mais que cela soit aussi généralisé a été une surprise pour ceux que l’on qualifie de modérés.

En effet, si on replonge en pleine période de turbulence qu’était celle de janvier, les revendications du peuple tournaient autour de la dignité, de l’éradication de la pauvreté et de la justice. En dehors des « Allah Akbar » lancés par les jeunes  révolutionnaires au moment d’affronter le symbole de l’oppression, la religion n’a pratiquement pas été mentionnée durant ces heurts. Elle était probablement la source de courage de la plupart d’entre eux, pour qui mourir en martyr était un honneur, mais ça s’arrêtait là.

Alors comment expliquer que 9 mois après, dignité, liberté et égalité aient été remplacé par un débat stérile tournant autour de la laïcité et de la religion, et que l’unique priorité lors du choix du vote se soit rapporté à ce sujet ?

Et bien disons que nous autres laïcs, y avons grandement contribué en mettant ce débat sur la table dans une société aussi attachée à ses valeurs arabo-musulmane et qui confondait laïcité et athéisme. Nous avons rarement pris la peine de leur expliquer la différence entre ces deux aspects et surtout, notre avidité pour combattre l’obscurantiste d’en face nous a fait révéler un aspect très dangereux de notre personnalité : l’extrémisme laïc.

C’est à mon sens à cause de cela que le changement s’est opéré. La grande erreur a été de lutter contre l’extrémisme religieux à travers un dénigrement qui n’a fait que renforcer l’enfermement de ces derniers. D’un côté on a reproché aux islamistes leur manque d’ouverture, tandis que de nôtre côté nous rabaissions les femmes en burqa et avions réduit le programme d’Ennahdha à la multiplicité des femmes et à l’obligation de porter le voile.

Au lieu de critiquer Ennahdha sur son programme électoral copié sur celui du RCD en 2009, au lieu de leur poser les vraies questions relatives aux libertés individuelles (position vis-à-vis des imams prônant des discours de haine, réactions face aux dérives d’ordre islamiste, etc.), nous avons préféré aborder des sujets non-mentionnés dans le programme de ce parti et dont les réponses étaient du coup toute trouvée. Pire nous avons choisi une voie que les moins modérés percevaient comme étant de la provocation, et ceci n’a fait que les pousser vers l’extrémisme.

Nous l’avons vu avec Persépolis, même quand un contenu véhicule un message rempli de sens, c’est la provocation que l’on verra avant tout. A coups de pages Facebook corrompues, toute tentative de ce genre est transformée en blasphème télévisé. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons enchainé en médiatisant  la manifestation « A3ta9ni » et le documentaire « Ni Allah, ni maitre », ce qui aux mains des « admins » Facebook, était du pain béni pour contrer le « laïque mécréant ».

Il faut se rendre à l’évidence, nous avons nous-mêmes renforcé la position d’Ennahdha : au lieu d’aller vers ses sympathisants, de leur parler et d’essayer de les convaincre, nous les avons dénigré et leur avons donc donné le bâton pour se faire battre. Ajoutons à cela les multiples rumeurs sans fondement qui ont été lancées, nous faisant perdre toute crédibilité et vous comprendrez que l’on a établi un clivage entre deux parties de la population, obligeant le tunisien à choisir un camp, et que ce dernier était rarement celui du modéré.

Mario Puzo a fait dire à Vito Corleone : «Garde toujours tes amis près de toi et tes ennemis, encore plus près ». Je remplacerais « ennemis » par « opposants », mais toujours est-il que nous les avons éloignés, et les avons laissé emmener avec eux une bonne partie de ceux qui étaient neutres.

Alors même si cela implique le fait de nous autocensurer sur certains aspects qu’ils trouvent offensant, il faudra passer par là durant les prochains mois. Le constat est amer, très amer même mais il me semble clair : nous étions à côté de la plaque, toutes nos initiatives n’ont fait qu’élargir le fossé qui sépare le « laïque » du religieux. L’extrême appelle l’extrême et pour chaque statuette nue sur l’avenue Habib Bourguiba, c’est une centaine de nouveaux électeurs d’Ennahdha que nous créerons, à chaque fois que nous les traiterons d’imbéciles, nous ne ferons que renforcer leur position. Devrais-je d’ailleurs vous rappeler que moult électeurs ont choisi ce parti « afin de ne plus voir de blasphèmes à la télé » ?

Pour autant, changer de discours et de méthodes ne signifie pas que l’on doit céder d’un iota en ce qui concerne nos libertés individuelles. Cela ne signifie pas non plus que l’on admette qu’ils aient raison. Je demande juste à ce que nous les comprenions, que les deux parties se rapprochent et qu’elles dialoguent. On ne nait pas extrémiste, on le devient, et nous avons encore les clés en main pour qu’on ne le devienne plus.

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