Archive | décembre, 2011

Putain d’année !

27 Déc

Bonne nouvelle, cette putain d’année 2011 va bientôt se terminer. Et c’est qu’elle nous aura fait chier jusqu’à la fin cette connasse. Ce n’est pas que ce soit une si mauvaise année au fond, mais bordel, on en aura vécu des rebondissements depuis ce mois de janvier.

Tout avait pourtant très bien commencé avec le bébé qui chantait « Zine rahou gatta3 », Nacer Laouini bourré qui gueulait sur toute l’avenue Bourguiba que le peuple tunisien était le plus grand et Farhat Rajhi qui offrait des fleurs à tous les animateurs télé du pays.

On a aussi eu nos moments inoubliables avec El Kasbah 1 (le 1er volet d’une trilogie dont les suites étaient plus que discutables) et Bardo 1 (là on attend le reste pour juger), ainsi que des instants qui nous redonnaient espoir en l’être humain, en l’occurrence Ras Jedir et son élan de solidarité qui aurait fait passer n’importe quel Abbé Pierre pour un gros enculé.

2011 c’était aussi l’année où on a redécouvert nos anciens potes de quartier lors des veilles nocturnes devant nos maisons, se rappelant par la même occasion à travers leurs conneries débitées pourquoi on les avait perdus de  vue.

Mais par dessus tout, ce fut avant tout l’année des rumeurs. On en aura vu (enfin entendu, parce que personnellement je n’ai rien vu de ce qui suit) de toutes les couleurs : des snipers estoniens payés des fortunes pour foutre le bordel, des camions d’Hannibal TV qui jetaient des grenades à fragmentation dans les rues de Tunis et même Abdelfattah Mourou chantant en allemand à la télé (pitié, laissez-moi croire que ce moment n’était pas réel).  A un moment c’était tellement parti en couilles qu’on a voulu nous faire croire que le Général Ammar était un mec cool, imaginez le truc ! En gros, 2011 aura été l’année des histoires « Whatthefuckesques », celle où il était tout à fait normal d’entendre un mec raconter à ses amis que le lion de Sakher El Materi a été aperçu avec une Kalachnikov à la main et qu’il terrorisait les habitants de Hammamet Nord. Et le pire c’est que cela nous paraissait tout à fait logique.

Cette année a aussi été celle où les gros mots tunisiens ont été démocratisés. Remercions pour cela notre bien aimé Jalel Brick, l’homme qui a sauvé l’année commerciale de Heineken SA, remercions aussi son presque homonyme Taoufik Ben Brik qui a lâché le 1er  blasphème dans une radio tunisienne ainsi que tous les animateurs télés et radio qui ont osé dire à l’antenne l’horrible mot « Saida Agrebi ».

On semble aussi l’oublier, mais pendant que le Japon vivait ses tremblements de terre meurtriers, nous avons  vécu de notre côté des secousses hormonales à la découverte de ces photos de Kenza Fourati, qui rendraient caduques n’importe quel argument lancé par un pro-niqab.

Mais tout n’était pas rose, nous avons malheureusement eu à déplorer des grosses pertes pour l’humanité durant ces 12 mois, en effet nous avons pleuré la mort de Cesaria Evora, Steve Jobs, la mini-jupe, Amy Winehouse, quelques millions d’africains, Joe Frazier, Ettajdid ou encore Nate Dogg. Reposez en paix les artistes !

Par contre, le plus important dans 2011, c’est que c’est l’année où la plupart d’entre nous ont perdu leur pucelage électoral, et même si on se fait un peu (beaucoup) entuber sur la fin, on s’en fout pas mal parce que Harrison Afful a planté une putain de frappe enroulée et que l’Espérance de Tunis est monté au sommet de l’Afrique.

Cette putain d’année aura aussi été celle où Nizar Bahloul a perdu toute crédibilité aux yeux de la presse tunisienne, celle où Hedi Jilani n’a plus eu de relations avec le pouvoir en place, celle où les lèches-bottes ont disparu et celle où tous nos tortionnaires ont été jugés et arrêtés. Ah pardon on me dit dans l’oreillette que je suis en train de divaguer complètement. Au temps pour moi.

Alors oui on peut le dire, nous avons eu plus d’évènements en 2011 que durant les 20 dernières années, nous avons vécu plus de rebondissements que lors du final de la deuxième saison de Dexter et je plains les cardiaques qui n’ont pas été ménagés depuis 12 mois. Alors à défaut de révolution, je vous demanderais de prendre une résolution, une seule : « Putain de bordel de merde, faites moins de bruit l’année prochaine ! ».

Source photo : http://www.troll.me

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Souriez, vous êtes violés

8 Déc

Alors vous la sentez cette douleur au fond de vos entrailles ? Ça fait mal hein ?

Bon, je sais qu’en 50 ans, on a vécu aux rythmes des va-et-vient phalliques que nous infligeait la dictature des nos anciens patrons, et que techniquement nous sommes loin d’être des vierges effarouchées dans ce domaine, mais là, il faut avouer que c’est différent. Car oui on peut le dire, nous sommes en train de subir en ce moment même un viol, et que ce viol se fait au suffrage universel. Pourtant, il y a 11 mois de cela, on avait cru qu’après avoir divorcé de notre ancien mari tortionnaire, on allait pouvoir vivre comme nos cousines en Europe ou en Amérique du nord, qui même si elles étaient parfois sujettes à des gang-bangs antidémocratique, avaient toutefois des maris compréhensifs qui leur donnaient toute la liberté dont elles avaient besoin.

En fait non que dalle, les femmes célibataires, ce n’est pas ce qu’il y a de plus libre dans ce monde (surtout si elles sont mères, mais ça c’est une autre histoire) et notre nouveau statut a fait que nous sommes devenus des victimes de tournantes de la part d’une bande organisée qu’on aurait localisée du côté du Bardo.

Bon en fait, j’arrête de parler en métaphore. Ce vieux réflexe acquis durant la période de Ben Ali pour pouvoir écrire sans se faire choper n’est plus d’actualité. Alors autant y aller franco.

Donc pour récapituler, la femme c’est vous, enfin nous, enfin le peuple quoi ou du moins celui qui souhaite vivre une vraie démocratie. La bande organisée c’est celle qu’on appelle « Troïka » lorsqu’on veut se la péter sur Facebook ou dans un café, ou autrement dit Ennahdha, FDTL et CPR. Par contre pour le viol, non ce n’est pas un euphémisme, il est bel et bien présent et on commence vraiment à le sentir depuis quelques semaines (et faut vraiment le faire pour le sentir tellement nous sommes rompus à ce que l’on pourrait appeler si affectueusement « Electoral Buggery » dans la langue de Jenna Jameson).

Ce foursome imposé, dure depuis la 1ère séance de l’assemblée constituante. Déjà dès le départ, on avait commencé à admirer la solidarité des 3 partis lors de l’élection du président de l’assemblée et de ses deux suppléants. Mustapha a voté pour Maherzeya, Maherzeya a voté pour Larbi, Larbi a voté pour Mustapha et ça marche dans tous les sens, bref c’est beau le travail d’équipe. Nous ne reviendrons pas sur le scrutin qui s’est fait anonymement et qui nous a empêché de savoir si nos élus ont tenu leurs promesses, non nous n’y reviendrons pas parce que sinon vous risqueriez de casser votre molette de souris tellement vous allez scroller.

Mais bon tout cela n’est rien, on peut penser qu’il s’agissait uniquement de petites manœuvres politicardes arrangeant les 3 joyeux lurons. Enfin on pouvait le penser jusqu’à la semaine dernière et cette loi sur la motion de censure qu’ils voulaient nous faire passer en douce. Parce qu’il faut admettre qu’essayer de faire passer une loi aussi absurdement dictatoriale relève du foutage de gueule le plus complet. C’est un peu comme essayer de voler le sac d’une vieille dame devant deux gosses en se disant que ces derniers ne vont pas appeler la police. Dans notre cas, les gosses ont pu rameuter quelques milliers de personnes au Bardo pour leur foutre une pression qui s’est révélée salvatrice. D’ailleurs, je n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si on n’avait pas relevé la supercherie (pour l’exemple que je viens de choisir, j’avais pensé à plus trash, un truc où il y a toujours la vieille dame mais sans le sac, bref je vous assure que vous préférez la version soft).

Et ce qui est super dans tout ça, c’est qu’avant d’essayer de nous entuber, la troïka (oui je suis en panne de synonymes, ne m’en voulez pas) gère parfaitement les préliminaires. Ça peaufine en groupe sa proposition de texte de loi, ça se met d’accord pour voter en masse le jour du scrutin et si ça pète dans la rue, ça abandonne en équipe le projet sous prétexte de vouloir satisfaire le peuple.

Et c’est là que ça devient pire qu’un gonzo gérmano-turc (je vous déconseille de googler ça), parce qu’après avoir abandonné le projet de motion de censure, les triplettes de Bardo ont en quelque sorte reculé pour mieux nous transpercer (non pas avec une épée). Car dès le lendemain, ils y sont allés à sec, sans vaseline et avec du gravier de préférence : la constituante ne sera pas limitée dans le temps. C’est à dire qu’au pays du « arja3 ghodwa », où la procrastination est un sport national, nous avons enlevé l’unique moyen qui permettait de mettre la pression sur les élus en leur disant en gros « ouais en fait, la constitution, ce n’est pas comme si on était pressé, prenez votre temps les gens ». Rappelons aussi que ces élus touchent 12 fois le SMIG et qu’ils continueront de le toucher tant que l’assemblée perdurera. Rappelons aussi, histoire de se faire du mal que leur salaire est payé par le contribuable, donc nous (oui je verse dans le populisme et je vous emmerde). Soit dit en passant, ça permet aussi au prochain gouvernement de se taper la belle vie durant tout la période de la constituante, mais ça c’est un détail…

Alors oui, je voudrais bien être optimiste et penser que nos élus vont se bouger le cul en terminant leur mission en un an, mais il me suffit de regarder l’assemblée à la télé pour se rendre compte que nous en avons encore jusqu’à l’an 2036 au mieux pour enfin voir cette foutue constitution. La seule bonne nouvelle dans tout ça c’est que Tahar Hmila qui nous a traités de « déchets de la francophonie » aura surement clamsé d’ici là.

Autre chose, quitte à se faire souiller, on aurait préféré que nos bourreaux ne nous mentent pas auparavant en signant des feuilles de route stipulant que l’assemblée durera un an ou en jurant à qui veut l’entendre qu’aucune coalition n’est prévue. Nous sommes peut-être un peuple facile mais nous avons des principes !

Du coup, avant de souffrir du syndrome de Stockholm et de commencer à croire que Samir Ben Amor est aussi mignon qu’un vrai panda, il va falloir se faire entendre, quitte à faire un Bardo n° 372 et à devoir côtoyer des Yassine Ayari et des Leena Ben Mhenni jour et nuit ! Gueulons ailleurs que durant nos ébats forcés et faisons entendre nos voix, parce que vraiment, je n’ai pas envie de donner raison à cet enfoiré de Stan et à sa pancarte pourrie…

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