Archive | décembre, 2012

Encore une putain d’année !

30 Déc

Je ne sais pas si vous vous rappelez l’année dernière quand j’ai sorti le best-of de 2011 et que je vous avais demandé de faire moins de bruits l’année prochaine ? Je savais pertinemment que vous n’alliez pas le faire, je savais qu’en bons Tunisiens, vous ne pouviez pas vous retenir de foutre la merde. Mais, putain de bordel de merde, je ne pensais jamais que cette foutue année 2012 allait être plus mouvementée que la précédente !

Faut dire qu’on a tout eu ces 12 derniers mois. De l’action, de l’amour, de la haine, du Photoshop, du vol, du viol… Oui, l’année tunisienne pouvait faire passer l’épisode le plus mouvementé de « Amour, gloire et beauté » pour un vulgaire « Winnie l’Ourson ».

Cette année a été cadencée à base de matraques dans la face (notamment le 9 avril), de verres lancés en pleine gueule de Mourou, de coups de boules sur le nez de Zied Krichene et Hamadi Redissi ou de batailles rangées entre Comité de Protection de la Révolution et UGTT. Mais ce n’était que du pipi de chat par rapport à la fin d’année exceptionnelle où l’on aura assisté à l’opération « Ray Charles » de Siliana où nos gentils flics ont essayé leurs nouvelles chevrotines sur les yeux des habitants de la ville. Mais on pensera surtout à l’incroyable attaque par derrière de l’ambassade américaine, orchestrée par des salafistes en Nike Air Max venus crier leur haine contre l’Amérique, le tout derrière un Abou Yadh déchainé. D’ailleurs on se souviendra que ce dernier aura accompli la technique d’évasion la plus aboutie de l’histoire en faisant un coup qui aurait mérité à lui tout seul une nouvelle saison de Prison Break. Pendant ce temps-là, Marzouki entamait sa 176ème bouteille de Koudiat de l’année.

L’année 2012 a aussi été l’année où la drogue a enfin été démocratisée. Et ne me dites pas le contraire ! Il n’y a qu’à voir le nombre de conneries sorties par Bahri Jlassi, celles de l’élue qui veut construire une maison pour réunir les martyrs et les faire jouer ensemble, le magazine pour enfant « 9aws 9ouza7 » qui publie le mode d’emploi pour fabriquer des cocktails Molotov, Houcine Jaziri souhaitant un joyeux Noël au juifs et l’histoire de cet imam qui confond le bruit d’une mitraillette en plastique avec un mec gueulant « il faut tuer Aicha (femme du prophète) ». Oui l’Héroïne, la Mescaline et les Amphéts se sont bien vendus en 2012.

Mais si cette année aura explosé les dépenses de l’état au niveau des importations, et ce à cause de l’arrivée des moutons roumains, du lait slovène et des connards londoniens (coucou Lotfi Zitoune), elle a par contre été très bénéfique pour les opérateurs mobiles, surtout grâce à Kamel Letaief et ses 15 456 875 appels effectués. Mais ne nous mentons pas, le chômage, l’inflation et la pauvreté ont bien augmenté en 12 mois. Pendant ce temps-là, Marzouki proposait d’ouvrir les frontières à nos collègues maghrébins.

Écologiquement parlant, ce n’était pas non plus la joie. On aura perdu un personnage attachant, amical et rendant toujours service aux autres grâce à son skateboard et ses pouvoirs magiques. Vous l’aurez deviné, je parle de Labib, dont les positions engagées n’ont pas plu au gouvernement qui a décidé de ne plus faire appel à ses services. D’ailleurs je ne pense pas que le fait que des cas de peste, maladie disparue avant même la naissance de Beji Caïd Sebsi (quelque part vers le 17ème siècle), soient découverts la même année que la disparition de Labib est dû au fruit du hasard. Bref l’écologie a pris un sale coup, et ce n’est pas l’arrivée des 20 000 Tuk Tuk, sorte d’objets polluants non identifiés, qui améliorera cela.

Au niveau des médias, 2012 aura dépassé tous les records. Si Ettounissia a révélé le temse7, Mohamed Amine (le mec de « Chofti leglass »), l’imam de Douar Hicher (« a3dadtou kafani ») et la fille qui bossait dans le « Maydene », Hannibal, elle, a montré qu’on pouvait toujours faire pire dans le ridicule, notamment avec ça, ça et ça. Al hiwar n’était pas en reste en passant pour la 1ère fois en différé, le 1er gros mot prononcé par un vieux monsieur : « 7aletna mna**a asl ». Pendant ce temps-là, Marzouki recevait des cailloux (importés) à Sidi Bouzid (ou des bonbons à Tozeur, on ne sait plus trop).

Mais pendant que Felix Baumgartner sautait de 39 000 mètres d’altitude, les tunisiens faisaient la même distance, mais en creusant. Entre les fatwas de Adel Almi sur le cancer de l’utérus, les conneries de Bouchlaka qu’on ne citera pas par respect à la géographie (par respect aux Chinois qui lui ont filé 1 milliard aussi), les mecs qui se sont fait arrêter pour un trafic de dindons (si, si), la fille violée puis poursuivie en justice, les 1 562 procès intentés par Fethi Laayouni et les 135 séries d’augmentations obtenues par les élus de l’assemblée constituante, on aura atteint le centre du monde et on arrivera bientôt de l’autre côté de la terre.

Culturellement, ce fut aussi une année faste. Le nouveau best-seller a été un livre écrit par Leila Ben Ali (dont le vrai métier est vendeuse de chaussures pour Sihem Badi), la fac de Mannouba, berceau de la littérature a été fermée pendant des mois, un tableau dessiné au Sénégal a fait fermer la galerie d’arts d’El Abdelleya et Manel Amara a sorti un nouveau clip. Mais heureusement que Wajdi Ghonim est venu en Tunisie pour rehausser le niveau et vanter les mérites de l’excision.

Mais ne soyons pas défaitistes, plusieurs personnes ont pris de bonnes résolutions et ont décidé de maigrir. Les grèves de la faim ont donc été à la mode ces derniers temps, que ce soit pour Bakhti, Sami El Fehri, Nasreddine Ben Saida et bien d’autres qui ont testé les bienfaits de ce régime dont l’efficacité n’est plus à prouver. Pendant ce temps-là, Marzouki libérait un canari de sa cage.

Nous ne pouvons pas non plus parler de cette année sans citer les personnes qui nous ont quittés. On aura donc eu la mort du créateur du Zeme9tel, de Thierry Roland, de la carrière politique de Sarko, celle sur le web de Jalel Brick, de Whitney Houston, de la confiance envers les mayas et leur calendrier pourri, de l’espoir de guérir les blessés de la révolution et de la révolution elle-même.

Nous n’oublierons pas non plus les moments magiques, tels que la campagne « #Ekbess », la photo de Jebali enlaçant Mc Cain, la discussion enregistrée entre Jebali et BCE, le milliard de vues de « Gangnam Style », les tunisiens trollant la page Facebook d’Obama ou l’apparition du nouveau terme à la mode « Ba3dh el atraf ».

Bonté divine, ça c’était une putain d’année. Et cette fois-ci, je ne vous dirais rien, je sais que vous allez faire de 2013 une année encore plus bordélique et que de toutes façons vous ne m’écoutez jamais. Donc je vais la fermer, et je vais juste espérer que l’année prochaine, Labib sera de retour parmi nous.

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Comment gagner de l’argent après la « révolution »

13 Déc

Hey les gens, vous vous souvenez quand on était super cons après le 14  janvier 2011 ?  Quand chaque tunisien espérait voir venir des investisseurs du monde entier ? Et qu’on croyait que la Tunisie débarrassée des Trabelseya allait enfin devenir aussi compétitive que Singapour ? Et bah près de deux ans après, voilà qu’on voit que c’était une grosse arnaque et que l’espoir de manger son premier Big Mac à la gare de Place Barcelone est devenu aussi insignifiant que les parties intimes de Mustapha Ben Jaafar.

Mais ne dramatisons pas, il suffit de cogiter un peu pour voir que les moyens de se faire du fric au pays de Samir El Wafi sont aussi nombreux que les chances d’y choper une maladie supposée disparue depuis le 15ème siècle.

Comme je sais que la situation politique du bled ne vous a plus trop laissé de neurones, je vais être sympa et donner ces quelques astuces qui vous permettront enfin de vous payer un café au Lac sans avoir eu l’impression de dépenser le PIB du Rwanda. Préparez votre Business Plan, c’est parti !

Idée n°1 : La boutique ambulante d’accessoires de manif :

Les manifs, c’est devenu la nouvelle tendance. Qu’elles soient pacifistes, gauchistes ou salafistes, on est sûrs d’en trouver une à notre gout. Mais étant donné notre manque d’expérience dans le domaine, il arrive souvent qu’on débarque sur les lieux de l’évènement sans aucun slogan à brandir devant les photographes et les Yassine Ayari en iPad qui sont venus couvrir l’évènement. Du coup, l’idée serait d’investir dans un van qui se positionnerait devant chaque manif et vendrait les accessoires nécessaires pour pouvoir se la péter place Mohamed Ali.  La boutique ambulante pourra vendre des pancartes avec message pré-rédigés à 20DT (15 DT pour les messages pro-gouvernement vu qu’ils seront subventionnés par l’état), des pancartes avec messages créés sur mesure et vendues 30DT, des drapeaux de la Tunisie (ou du « Taw7id » pour les manifs hallal), un livre avec les paroles des meilleurs slogans et chants de manifs (dédicacé par Hamma Hammami) ainsi que des pin’s « El mra ettounsia mahech Maherzeya » et autres « na3am li tatbi9 alchari3a ».

Idée n° 2 : Le café islamique :

Longtemps réprimée par l’ancien régime, le  « show off » de religion est désormais chose courante en Tunisie. Surfer sur cette vague est donc très conseillé pour suivre les pas de personnes aussi talentueuse que Fawzi Ben Gamra. L’objectif est donc de créer un café qui concurrencerait les salons de thés culturels tels que le Squat ou le Karrousel.  Au lieu de la musique de fond on aura le cheikh Soudaïssi qui passera en boucle, des livres islamiques et le coran seront en libre service pour que les clients puissent les lire en dégustant un verre de « mé Zemzem » (10DT la bouteille). Pour les plus pieux, il sera possible de louer un chapelet (sob7a) à 3DT et d’accompagner leur crêpes et gaufres avec de la « 7abba saouda2 » . Tous les vendredis, le CD de son ambiant laissera sa place à un live d’un des imams huppés de la place, les prix seront bien sûr doublés ce jour-là.

Idée n° 3 : Le parc d’attraction des supporters de Foot

Bon, le huis-clos n’a plus cours dans nos stades, mais vu l’insécurité ambiante, gageons qu’il ne soit pas parti bien longtemps. Afin de ne pas laisser les supporters en manque, on vous propose de créer un parc d’attraction qui leur est spécialement dédié. Au programme, des virages artificiels où l’on peut regarder des matchs en 3D, des ateliers de chants où l’on apprendra enfin aux supporter à dire « Signal est allumé » et non « Signal est arrimé » ainsi que le « Space Wajdi Bouazzi », sorte de grand-huit en forme de Wajdi Bouazzi qui roule très vite mais ne s’arrête jamais au bon moment. L’attraction phare restera tout de même le « ACAB destroyer » où il faudra casser le maximum de sièges et les jeter sur des robots flics pour gagner le jeu. Afin que les supporters se sentent dans leur élément, il ne faudra pas oublier de mettre des vendeurs de kakis et de thé ambulants. Sans oublier les sandwichs tellement dégueux que les mouches qui tournaient autour sont toutes mortes intoxiquées.

Idée n°4 : Le centre de formation d’admins Facebook

Je vous évite le paragraphe sur l’expansion de Facebook depuis le 14 janvier 2011, vous êtes autant au courant que moi que les administrateurs de pages Facebook comptent parmi les nouveaux décideurs du pays. Le problème, c’est que tout ces Aman Allah Mansouri en herbe ne sont pas encadrés, ont de faibles notions de webmarketing et, le moins que l’on puisse dire, ne maitrisent pas l’orthographe. La solution serait donc de créer un centre de formation d’admins Facebook. Au programme : stages de Photoshop intensifs, atelier de propagation de rumeurs et familiarisation à la rédaction de slogans qui déglinguent leur race, du type « 3ajel wa khatir » ou « ATTENTION, TRÈS GRAVE, A PARTAGER !!! ».

Idée n°5 : Faire de la prison

Si vous n’avez pas thunes pour faire les projets cités plus haut, vous pouvez toujours tenter de faire de la prison. Pour cela rien de plus simple : un vol, un viol (que vous soyez violeur ou violé d’ailleurs) ou une petite fraude fiscale et vous avez votre ticket pour Bouchoucha. Une fois que vous avez passé votre petit séjour à l’ombre, un tas de perspectives s’offre à vous : Animateur télé, conseiller politique,voire même ministre, le tout accompagné de généreuses « ta3widhate » qui feront de vous l’homme ou la femme prospère que vous avez toujours rêvé d’être.

Quelques autres idées en vrac :

Si ces idées n’ont pas réussi à vous convaincre, n’oubliez pas que ce ne sont pas les perspectives qui manquent. Vous pouvez donc, selon votre envie, être :

  • Élu de l’assemblée constituante : la 1ère session est close depuis le 23 octobre 2011, mais ne ratez surtout pas la prochaine. Des salaires mirobolants, des avantages en veux-tu en voilà, le plaisir de côtoyer Samir Ben Amor… Tout ça pour passer sa journée à jouer à l’iPad ou à voter des lois pour augmenter son salaire. Le job idéal quoi.
  • Avocat « déposeur » de plainte : Un dessin animé vous choque ? La une d’un magazine vous parait trop osée ? Youporn vous fait chier ? Portez plainte pour atteinte aux bonnes mœurs et vous serez l’avocat le plus riche du monde. Faites gaffe tout de même, les plaintes ne risquent pas d’aboutir si vous portez plainte contre un vrai crime.
  • Opérateur mobile : Parce qu’avec la quantité d’appels effectués par Kamel Letaief, y a de quoi se faire des couilles en or.
  • Médecin des blessés de la révolution : parce que depuis deux ans, aucun d’eux n’a été soigné. Parce qu’il sont très nombreux aussi. Et parce que la consultation est à 30DT.
  • Teinturier : Parce que le nombre de veste mauve qu’il faut recolorer en bleu est impressionnant.

Voilà, si avec ça votre compte en banque ne devient pas aussi gros que les cojones d’un tunisien qui fait la queue à un guichet de la CNAM, je ne peux plus rien pour vous. Pour ma part, je repars la conscience tranquille, convaincu que tout comme Cyril Grislain Karray, j’aurais radicalement transformé la vie du Tunisien moyen grâce à mes conseils. M’oubliez pas quand vous serez riches !

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