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Ouais, moi aussi je me présente aux élections présidentielles

23 Sep

Chères électrices, chers électeurs,

Comme vous l’avez surement noté, environ 13% de la population tunisienne s’est présentée en tant que candidate pour le poste de Président de la République (chiffre du cabinet libyen Sigmale). Et putain on peut dire que ce ne sont pas tous des lumières les gars ; entre la femme qui a un milliard de fans, le pédophile psychopathe, la botoxée qui aime les papillons, le marchand d’arme, les 15 RCDistes et le vieux de 89 ans, on peut dire que ces élections sont à la politique ce que Raja Ben Slama est au sex-appeal.

Du coup, en voyant cette brochette de guignols, je me suis dit qu’un de plus ne ferait pas de mal et j’ai décidé moi aussi de me présenter aux présidentielles. Après avoir réuni 10 parrainages d’élus (de Lobna Jeribi plus précisément), je me suis inscrit à l’ISIE et je commence ma campagne dès aujourd’hui !

Alors, étant donné que je me suis déjà présenté lors de la campagne pour la constituante (durant laquelle vous avez oublié de voter pour moi), je ne vais pas vous balader pendant longtemps, et je passe directement au but : mes promesses électorales. D’ailleurs j’en profite pour vous dévoiler le slogan de la campagne : « Faisons-la courte, mais faisons-la bien ».

Je disais donc, si je suis élu président, je vous promets, chers électeurs, que je ferai de mon mieux pour :

  • Mettre aux travaux forcés tout ceux qui écrivent « kkkkkkkkkkkkk » jusqu’à ce qu’ils apprennent à rigoler normalement
  • Enlever toutes les immondes affiches de l’hotel « La Cigale » du territoire tunisien. Dans cette même optique, le mec qui dans une pub, demande à sa mère « 7aja bnina w 7lowa » sera exécuté en place publique
  • Remettre l’ancien générique (bel KO wel record) d’el A7ad el Riadhi à la place de l’actuel
  • Allouer plus de bande passante à tous les sites Web dont les URL finissent par /MILF
  • Echanger Rayen Youssef et Manel Amara contre 50 000 moutons mexicains, et ce, dans le cadre d’un projet commun qui sera appelé «Régulation du prix des ovidés et amélioration des gouts de chiottes en matière de musique »
  • Faire revenir le COT en Ligue 1, parce qu’on dira ce qu’on voudra, mais cette équipe avait de la gueule
  • Fixer un jour par mois durant lequel vous pourrez tabasser tous les taxis malpolis du pays sans être inquiété par la justice
  • Offrir l’accès à Internet à tous les habitants du pays, à condition qu’ils payent une avance de 160DT avec un abonnement mensuel de 29,9DT et souscrivent à la newsletter de Topnet. Offre soumise à conditions, voir ces conditions en magasin.

Mais je n’oublierai pas non plus mes électeurs de race islamiste, c’est pour cela que je promets aussi de :

  • Remplacer les placements produits actuels du prochain Maktoub par des produits plus halal. J’organiserai un référendum dans ce sens pour choisir entre des chapelets ou des Nike Air Max
  • Interdire les films de Jilani Saadi. (Comment ça il ne vous dérange pas ? Mais si, si, je vous assure que si. Et puis ça me fait plaisir de faire ça)

Si vous restez sage, il se pourrait aussi que je règle en vrac, le problème des gens qui partage du Lerpesse en pensant que c’est des vrais articles, celui des terrains de foot moitié avec de l’ombre et moitié avec pas d’ombre et les problèmes d’humour de la série Happy Ness. Par contre, je suis désolé, mais je ne pourrai pas faire revenir Sboui pour tourner des épisodes inédits.

Pour le terrorisme, économie et autres conneries, je laisserai cela aux personnes plus compétentes qui siègeront à l’assemblée. Je suis sûr que Ali Laarayedh, Samir Ben Amor et Mehdi Ben Gharbia assureront cette tache à la perfection.

Voilà, refaites pas la même connerie qu’en 2011, cette fois-ci votez pour la personne qui tiendra ses promesses, votez Ben Messaoud !

Vive la république, vive Feyda Hamdi.

Votez pour moi

La révolution du jasmin pour les nuls : épisode 1

10 Mai

Je sais ce que vous allez me dire : « T’étais où pendant tout ce temps ? Topnet a une connexion aussi pourrie que ça ? Tu as rejoint le CPR ?  Tu cèdes ta place à Don Arabasta ? » (enfin vous n’allez pas tous me dire ça, y a toi, et toi, et toi aussi là-bas qui vous en foutez pas mal, mais je tiens à vous dire que je ne vous aime pas non plus). Donc, je vous l’annonce de suite, tout ce que vous allez dire est faux (sauf pour la connexion de Topnet), si je n’ai pas écrit, c’est parce que je n’étais pas inspiré. Et quand je ne suis pas inspiré, j’écris à peu près les mêmes trucs que Yassine Ayari, et comme je ne veux pas vous faire vivre ça (ni le faire vivre à moi-même non plus), et ben je me suis abstenu.

Bref, tout ça c’est du passé, je me suis repris en main et puis y a aucune raison que Khalil Boukornine se chope tous les likes du pays tout seul. Du coup je me suis dit que j’allais faire un post « utile ». Je m’explique, j’ai remarqué qu’il y a eu beaucoup d’évènements depuis deux ans (figure de style n° 1 : Euphémisme. Dans ta gueule Boukornine !), et je me suis dit que vu la vitesse à laquelle tout cela se passe, vous n’avez carrément rien dû piger de ce qui s’est passé. Du coup, quoi de mieux que de pondre un « La révolution du jasmin pour les nuls » (en vrai je ne vous traite pas de nuls hein, enfin à part les 3 qui ne m’aiment pas là). Et pour simplifier le tout, je vais retracer ces 28 derniers mois à travers une discussion entre un grand-père et son petit fils, en 2034, avec le petit fils de 12 ans qui demande à son grand-père : « Papy, c’est quoi cette révolution du jasmin ? »

Comme dirait Sonia Ben Toumia : « Ci parti ! »

Le Gamin (qu’on appellera sobrement Abderraouf, prénom qui sera très à la mode en 2034) : Papy, c’est quoi cette révolution du jasmin ?

Le Papy : Petit-fils, je pense que tu es un peu trop jeune pour que je te parle de sodomie, mais comme je suis un peu bourré, je vais te l’expliquer. Tu veux savoir quoi ?

Abderraouf : ça a commencé comment ci dija ? (Le terme « ci dija » est rentré dans le dictionnaire en 2023)

Le Papy : Je ne m’en rappelle plus très bien, mais je crois que le 17 décembre 2010, une sombre affaire de nichons, de bascule et de Fedya Hamdi a poussé un mec dénommé Mohamed Bouazizi  à s’immoler par le feu devant la mairie.

Abdou : C’est le même Mohamed Bouazizi de l’avenue qui longe l’aéroport Wajdi Ghonim ?

Le Papy : Exactement petit. Suite à ça, les habitants de Sidi Bouzid, ville de Bouazizi, qui était aussi pauvre qu’aujourd’hui, ont commencé à manifester. Il faut dire qu’à l’époque, la repression et l’inégalité entre les régions a fait que c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase.

Abdou : Ouais en gros, c’est la même situation qu’aujourd’hui quoi.

Le Papy : Non aujourd’hui c’est mieux, t’as… Bref ferme ta gueule et laisse-moi finir, petit. Donc, la tension était à son comble, des gens commençaient à en parler sur Twitter, un site qui marchait vachement bien à l’époque et qui a fait connaitre des personnalités aussi connues que le ministre des affaires religieuses, Cheikh Riadh El Hammi. Petit à petit, ça a commencé à péter un peu partout à l’ouest du pays, avant de se généraliser dans tout le pays. A un moment des jeunes de Carthage Salambo ont même sorti une chanson rap terrifiante et Lotfi Abdelli, le mec qui présente Question Pour un Champion sur Al Watania 11 a fait une VCast.

Abdou : Ah ouais, c’est parti en couilles ci koumem (pareil c’est rentré dans le dico en 2026)

Le papy : Surveille ton langage na3n weldik. Toujours est-il que, oui, c’était le bordel. Et Ben Ali, le khalife… pardon le président de l’époque a fait 3 speechs à la télé aussi pourris l’un que l’autre, sauf que pour le dernier, on avait l’impression qu’il chiait dans son froc.  Du coup, il a semblé tellement faible que le peuple est sorti dans la rue en criant « Digage ». Par la suite, Rachid Ammar, le mec qui a une statue à la Goulette, et quelques acolytes, ont fait un coup d’état le lendemain en expédiant Ben Ali Emirats Saoudiens Unis, qu’on appelait avant l’Arabie Saoudite. Du coup plus de président, et un mec dont je ne me souviens plus du nom a pris sa place et un nouveau gouvernement a été nommé. Tu aurais vu la joie des Tunisiens… Je crois que c’était la dernière fois qu’ils étaient aussi heureux. Enfin à part lors du but de Msakni en finale de la coupe du Monde 2022. En tout cas ils n’ont pas pu fêter ce départ dignement vu qu’ils devaient former les comités de quartier.

Abdou : Les comités de quartier ? Qu’est ce que c’est que cette connerie encore.

Le papy : Haha, tu ne crois pas si bien dire. Ça aussi c’était pas mal : pour que les gens restent chez eux, on leur a fait croire que des milices du RCD, l’actuel parti de Kamel Morjane, fuyaient par millier du pays, qu’ils étaient armés et que la route pour sortir de la Tunisie, c’était en passant par les petits quartiers du pays. C’était magnifique : à la télé on faisait croire que des ambulances tirait sur les civils, que le tigre de Sakher El Materi, l’actuel 1er ministre des Maldives, mangeait des gens et à un moment on leur a même fait croire que la démocratie allait s’installer.

Abdou : J’ai l’impression que le peuple était aussi con qu’aujourd’hui, papy.

Le papy : Mec, c’était du haut niveau. Là faut que tu ailles dormir, mais demain je te raconterais la suite. Tu vas voir que ceci n’est rien par rapport à ce qui va arriver plus tard. Je te fais juste un petit teasing : Moncef Marzouki.

Abdou : Monsieur le khalife  intérimaire ? Ça va être génial ! Ok papy, je vais dans ma boite à cryogénisation. A demain !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Y aura un épisode 2 (enfin normalement, si dieu et Topnet le veulent bien). J’espère que c’est beaucoup plus clair là. De toutes façons vous avez intérêt parce que c’est la période la moins compliquée de la « Rélolution du Jasmin ».

PS : Aucun Boukornine n’a été blessé durant l’écriture de ce billet. Par contre pour le Chaambi, je ne vous garantis rien.

Encore une putain d’année !

30 Déc

Je ne sais pas si vous vous rappelez l’année dernière quand j’ai sorti le best-of de 2011 et que je vous avais demandé de faire moins de bruits l’année prochaine ? Je savais pertinemment que vous n’alliez pas le faire, je savais qu’en bons Tunisiens, vous ne pouviez pas vous retenir de foutre la merde. Mais, putain de bordel de merde, je ne pensais jamais que cette foutue année 2012 allait être plus mouvementée que la précédente !

Faut dire qu’on a tout eu ces 12 derniers mois. De l’action, de l’amour, de la haine, du Photoshop, du vol, du viol… Oui, l’année tunisienne pouvait faire passer l’épisode le plus mouvementé de « Amour, gloire et beauté » pour un vulgaire « Winnie l’Ourson ».

Cette année a été cadencée à base de matraques dans la face (notamment le 9 avril), de verres lancés en pleine gueule de Mourou, de coups de boules sur le nez de Zied Krichene et Hamadi Redissi ou de batailles rangées entre Comité de Protection de la Révolution et UGTT. Mais ce n’était que du pipi de chat par rapport à la fin d’année exceptionnelle où l’on aura assisté à l’opération « Ray Charles » de Siliana où nos gentils flics ont essayé leurs nouvelles chevrotines sur les yeux des habitants de la ville. Mais on pensera surtout à l’incroyable attaque par derrière de l’ambassade américaine, orchestrée par des salafistes en Nike Air Max venus crier leur haine contre l’Amérique, le tout derrière un Abou Yadh déchainé. D’ailleurs on se souviendra que ce dernier aura accompli la technique d’évasion la plus aboutie de l’histoire en faisant un coup qui aurait mérité à lui tout seul une nouvelle saison de Prison Break. Pendant ce temps-là, Marzouki entamait sa 176ème bouteille de Koudiat de l’année.

L’année 2012 a aussi été l’année où la drogue a enfin été démocratisée. Et ne me dites pas le contraire ! Il n’y a qu’à voir le nombre de conneries sorties par Bahri Jlassi, celles de l’élue qui veut construire une maison pour réunir les martyrs et les faire jouer ensemble, le magazine pour enfant « 9aws 9ouza7 » qui publie le mode d’emploi pour fabriquer des cocktails Molotov, Houcine Jaziri souhaitant un joyeux Noël au juifs et l’histoire de cet imam qui confond le bruit d’une mitraillette en plastique avec un mec gueulant « il faut tuer Aicha (femme du prophète) ». Oui l’Héroïne, la Mescaline et les Amphéts se sont bien vendus en 2012.

Mais si cette année aura explosé les dépenses de l’état au niveau des importations, et ce à cause de l’arrivée des moutons roumains, du lait slovène et des connards londoniens (coucou Lotfi Zitoune), elle a par contre été très bénéfique pour les opérateurs mobiles, surtout grâce à Kamel Letaief et ses 15 456 875 appels effectués. Mais ne nous mentons pas, le chômage, l’inflation et la pauvreté ont bien augmenté en 12 mois. Pendant ce temps-là, Marzouki proposait d’ouvrir les frontières à nos collègues maghrébins.

Écologiquement parlant, ce n’était pas non plus la joie. On aura perdu un personnage attachant, amical et rendant toujours service aux autres grâce à son skateboard et ses pouvoirs magiques. Vous l’aurez deviné, je parle de Labib, dont les positions engagées n’ont pas plu au gouvernement qui a décidé de ne plus faire appel à ses services. D’ailleurs je ne pense pas que le fait que des cas de peste, maladie disparue avant même la naissance de Beji Caïd Sebsi (quelque part vers le 17ème siècle), soient découverts la même année que la disparition de Labib est dû au fruit du hasard. Bref l’écologie a pris un sale coup, et ce n’est pas l’arrivée des 20 000 Tuk Tuk, sorte d’objets polluants non identifiés, qui améliorera cela.

Au niveau des médias, 2012 aura dépassé tous les records. Si Ettounissia a révélé le temse7, Mohamed Amine (le mec de « Chofti leglass »), l’imam de Douar Hicher (« a3dadtou kafani ») et la fille qui bossait dans le « Maydene », Hannibal, elle, a montré qu’on pouvait toujours faire pire dans le ridicule, notamment avec ça, ça et ça. Al hiwar n’était pas en reste en passant pour la 1ère fois en différé, le 1er gros mot prononcé par un vieux monsieur : « 7aletna mna**a asl ». Pendant ce temps-là, Marzouki recevait des cailloux (importés) à Sidi Bouzid (ou des bonbons à Tozeur, on ne sait plus trop).

Mais pendant que Felix Baumgartner sautait de 39 000 mètres d’altitude, les tunisiens faisaient la même distance, mais en creusant. Entre les fatwas de Adel Almi sur le cancer de l’utérus, les conneries de Bouchlaka qu’on ne citera pas par respect à la géographie (par respect aux Chinois qui lui ont filé 1 milliard aussi), les mecs qui se sont fait arrêter pour un trafic de dindons (si, si), la fille violée puis poursuivie en justice, les 1 562 procès intentés par Fethi Laayouni et les 135 séries d’augmentations obtenues par les élus de l’assemblée constituante, on aura atteint le centre du monde et on arrivera bientôt de l’autre côté de la terre.

Culturellement, ce fut aussi une année faste. Le nouveau best-seller a été un livre écrit par Leila Ben Ali (dont le vrai métier est vendeuse de chaussures pour Sihem Badi), la fac de Mannouba, berceau de la littérature a été fermée pendant des mois, un tableau dessiné au Sénégal a fait fermer la galerie d’arts d’El Abdelleya et Manel Amara a sorti un nouveau clip. Mais heureusement que Wajdi Ghonim est venu en Tunisie pour rehausser le niveau et vanter les mérites de l’excision.

Mais ne soyons pas défaitistes, plusieurs personnes ont pris de bonnes résolutions et ont décidé de maigrir. Les grèves de la faim ont donc été à la mode ces derniers temps, que ce soit pour Bakhti, Sami El Fehri, Nasreddine Ben Saida et bien d’autres qui ont testé les bienfaits de ce régime dont l’efficacité n’est plus à prouver. Pendant ce temps-là, Marzouki libérait un canari de sa cage.

Nous ne pouvons pas non plus parler de cette année sans citer les personnes qui nous ont quittés. On aura donc eu la mort du créateur du Zeme9tel, de Thierry Roland, de la carrière politique de Sarko, celle sur le web de Jalel Brick, de Whitney Houston, de la confiance envers les mayas et leur calendrier pourri, de l’espoir de guérir les blessés de la révolution et de la révolution elle-même.

Nous n’oublierons pas non plus les moments magiques, tels que la campagne « #Ekbess », la photo de Jebali enlaçant Mc Cain, la discussion enregistrée entre Jebali et BCE, le milliard de vues de « Gangnam Style », les tunisiens trollant la page Facebook d’Obama ou l’apparition du nouveau terme à la mode « Ba3dh el atraf ».

Bonté divine, ça c’était une putain d’année. Et cette fois-ci, je ne vous dirais rien, je sais que vous allez faire de 2013 une année encore plus bordélique et que de toutes façons vous ne m’écoutez jamais. Donc je vais la fermer, et je vais juste espérer que l’année prochaine, Labib sera de retour parmi nous.

Voyage au cœur de l’assemblée constituante

23 Mai

Disclaimer : Vous commencez à comprendre le système mais sait-on jamais, avec tous les cons qui courent les rues et en attendant qu’on fasse une loi pour leur interdire la reproduction faut que je mette le disclaimer. Donc, je disais : Tout ce qui suit c’est de la fiction (tout comme la transition démocratique ou les couilles de Mustapha Ben Jaâfar, mais ça c’est une autre histoire), donc ce n’est vraiment pas la peine de m’envoyer des menaces de morts, des insultes, tout ça. Merci, bisous !

(Là c’est l’intro à lire avec une voix off qui fait flipper et un morceau de Hotel Costes en fond sonore)

Toujours en quête de vérité, Unblugged a décidé d’envoyer ses fidèles reporters au Bardo, à l’assemblée constituante plus précisément, afin de répondre à cette question qui taraude l’esprit de tous les Tunisiens : « Pourquoi personne ne branle rien dans ce truc à la con ? ».

Bardo, 14 juin 2012, 8h : Afin de ne rien rater de la journée, nous arrivons devant l’assemblée constituante de bon matin. A notre grande surprise, seul Yassine Ayari est présent. Malgré le danger qui nous guette (des tympans, nous n’en avons que deux et nous ne voulons pas les traumatiser à jamais), nous nous approchons tout de même de lui pour lui demander ce qu’il fait ici, lui qui a été aussi mal classé à Zaghouan que ne l’est le Club Africain dans le championnat tunisien. C’est alors qu’un mec de la sécurité s’approche et nous susurre à l’oreille : « Surtout ne lui dites pas ça ! Afin de ne pas le choquer, nous lui avons fait croire qu’il a été élu. D’ailleurs nous avons aussi truqué son Google Analytics pour qu’il ne découvre pas que son blog « dekhline fi 7it » ou un truc du genre reçoit autant de visites que les parties intimes de Saida Agrebi ».

Nous abandonnâmes donc cette idée et nous partîmes (depuis le temps que je rêvais de placer du passé simple dans une phrase) patienter dans la salle d’attente.

Bardo, 14 juin 2012, 11h10 : Les premiers élus commencent à débarquer. Nous entendons des cris au loin, nous nous y rendons et découvrons Iyed Dahmani en train de s’engueuler avec Lobna Jeribi : « Non on ne dit pas « Sbalkhir » ! On dit « Sbe7 el khir » ! Et je vous demande de me laisser finir ! Ne me coupez pas ! NE ME COUPEZ PAS ! ». On nous fait signe que c’est une image que l’on voit au quotidien, Iyed vit pour crier. Vous me direz, c’est toujours mieux qu’un Samir Dilou qui ne vit que pour mentir…

Bardo, 14 juin 2012, 12h03 : Tous les élus prennent enfin place après que Maherzeya Laâbidi ait poussé une gueulante. Tous ? Non ! Souad Abderrahim est encore dans la terrasse en train de sécher le linge des élus Ennahdha. On nous informe alors qu’à Ennahdha on lave notre linge sale en famille et c’est Souad qui l’étend.

Bardo, 14 juin 2012, 12h32 : L’éminent président de l’assemblée, armé de son marteau et de son fidèle coupe-micro démarre la séance. Son visage marqué nous rappelle les moments difficiles qu’il a vécu sous l’ère Ben Ali (rappelons que la police politique lui avait tout de même dégonflé ses pneus de voiture). C’est Samir Bettaieb, élu du défunt Pôle Démocratique qui débute la séance, cet ancien « opposant » irréprochable du régime de Ben Ali veut soumettre une nouvelle motion : « Annuler la suspension des RCDistes de toute activité politique durant 10 ans ». En off, il nous révèlera : « bah ouais quoi les gars, on en a besoin pour pouvoir battre la troïka. Entre la peste et le choléra, on a choisi le choléra. C’est cool le choléra ! ». Derrière, on aperçoit les élus de l’initiative, parti de Kamel Morjane (vous savez, le mec qui a redonné le passeport à Ben Ali et qui avait dit que le peuple tunisien n’était pas prêt pour la démocratie) en train de se toucher à chaque phrase débitée par l’élu républicain.

Bardo, 14 juin 2012, 13h07 : C’est au tour de Kassas de parler. Il est un peu énervé parce qu’apparemment, tous les élus ont eu du pain au chocolat au petit dèj alors que les membres d’El Aridha n’ont eu qu’un croissant. On l’entend crier : « C’est une honte !  C’est de la ségrégation ! Monsieur le président vous êtes un… ». Le micro a été coupé par monsieur le président. Quelques sièges plus bas, on entend Sadok Chourou crier : « Qu’on lui coupe les bras ! Qu’on le lapide ! Qu’on enterre sa femme vivante ! ». Bizarrement, Ben Jaâfar ne semble pas retrouver son coupe-micro sur ce coup.

Bardo, 14 juin 2012, 13h21 : C’est l’heure de la pause dèj’. Moncef Marzouki, qui ne vient jamais aux séances (selon nos sources il serait président de la république tunisienne, mais cette explication nous semble réellement farfelue) débarque juste à ce moment. Notre déontologie journalistique nous empêchera de vous révéler que cet éminent docteur spécialiste en diarrhée se sera resservi à 3 reprises. Sahbi Atig n’est pas au déjeuner, personne n’a eu le réflexe de le réveiller de sa grasse mat’, faut dire que les fauteuils verts de l’assemblée sont si confortables.

Bardo, 14 juin 2012, 14h51 : La « courte » pause dèj’ s’est achevée. Habib Khedher, rapporteur général de ce cirque, annonce le programme de l’après-midi : « Les élus ont trouvé que la 3ème augmentation qu’ils ont reçue la semaine dernière n’est pas suffisante, par conséquent ils réclament une augmentation de l’augmentation de l’augmentation ». Des aveux même de Khelil Zaouia, les 7 200 DT de salaire actuels ne suffisent plus à maintenir le rythme de vie d’un élu tunisien. En effet les nouvelles Mercedes de fonction acquises début juin, les villas haut-standing de Gammarth négociées il y a 3 jours et les déplacements chez les « ploucs » dans le but d’être filmés par les caméras de TV7 la TTN engagent beaucoup trop de dépenses. Samir Ben Amor renchérit en spécifiant les prix exorbitants des crèmes pour yeux L’Oréal qu’il doit s’acheter chaque jour afin de moins ressembler à un Panda politique.

Bardo, 14 juin 2012, 15h46 : C’est l’heure du vote, sur les 123 élus présents, 213 ont voté. Nous ne pouvons qu’être admiratifs devant tant de motivation, d’abnégation et de don de soi. 204 élus ont voté pour l’augmentation, 3 ont voté contre et 6 votes blancs ont été comptabilisés. En hommage à la révolution, nos représentants ont choisi un chiffre symbolique comme nouveau salaire : ils seront désormais payés 14 000 DT.

Bardo, 14 juin 2012, 16h14 : C’est l’heure du goûter, malheureusement il n’y a plus de gaz pour allumer le feu et griller les toasts. C’est alors que Hamadi Jebali débarqua avec des tonnes de papiers à brûler : « Tenez, c’est en vrac : les dossiers des blessés de la révolution, du chômage, des violences salafistes et de l’économie tunisienne. Je ne pense pas que vous en aurez besoin ». Tahar Hmila, doyen de l’assemblée se chargea d’allumer le feu, non sans avoir vérifié auparavant qu’il n’y avait aucun mot en français dans le paquet d’allumettes utilisé.

Bardo, 14 juin 2012, 17h27 : Le gouter est terminé. Une embrouille éclate entre Mehdi Ben Gharbia et Ahmed Nejib Chebbi, comme quoi le 1er cité voulait apprendre au second comment beurrer sa biscotte. « El Esle7 ! » l’a-t-on entendu crier, « EL ESLE7 !! »

Bardo, 14 juin 2012, 17h36 : Nos vaillants élus en ont terminé avec leur dure journée. On aperçoit au loin quelques élus nahdhaoui en train de discuter. Un de nos reporters s’approche du groupe et entend l’un d’eux dire : « Et là je dis à l’électeur, votez pour moi et on écrira une constitution ». Et ils se mirent tous à rire.

Bardo, 14 juin 2012, 17h42 : L’assemblée s’est complètement vidée. Seul Yassine Ayari est resté là, répétant sans cesse « Je suis l’homme qui a dit non ! Je suis l’homme qui a dit non ! ».

Nous quittons le Bardo dans la foulée, dehors nous apercevons de jeunes chômeurs dans des tentes réclamant du travail, des enfants aux fringues déchirées en train de demander l’aumône, des mamans pleurant leurs gosses emprisonnés pour avoir fumé du cannabis pendant que des criminels gambadent librement dans tout le pays. Tous nous disent que les élus du peuple les négligent et qu’ils ne pensent qu’à leur pomme. Tain ils avaient pas compris qu’il y avait d’autres priorités que leur pauvreté à la con ces gens ?


Ils ne méritent pas ça…

2 Mar

Officiellement, ils sont  « à peu près » 150 (parce qu’on adore le « à peu près » dans ce bled), mais leur nombre est probablement plus élevé que cela (parce qu’il y a aussi « officiellement » dans la phrase et que tout ce qui est officiel chez nous fait que le nombre annoncé est souvent moins élevé qu’en vérité). Eux, c’est les martyrs de la « révolution », des personnes tuées pour la plupart entre décembre 2010 et janvier 2011.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que non seulement ces putains de politiques semblent les avoir oublié, mais surtout par ce qu’ ils semblent avoir complètement zappé la raison de leur mort !

Parce que franchement, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi j’avais compris qu’ils avaient affronté les balles des flics parce qu’ils réclamaient travail, liberté et honneur. Mais quand je regarde notre assemblée constituante, j’ai plutôt l’impression d’y voir de la branlette, du mépris et des bras d’honneur.

Alors apparemment ce n’est pas de leur faute et il y aurait des soucis de communication qui font qu’ils sont un peu déconnectés des vraies aspirations du peuple, il ne me reste donc qu’à espérer qu’ils trainent un de ces jours sur ce blog et tombent sur cette mise au point.

Je disais donc, messieurs les élus vous êtes bien mignons, tout ça, mais sachez que ça m’étonnerait fortement que :

  • Le martyr soit mort dans l’espoir qu’on légalise le mariage coutumier. S’il n’avait que le sexe en tête, il serait resté en vie pour en profiter.
  • Qu’il ait affronté des hommes armés juste pour qu’on lui rappelle son identité arabo-musulmane, il la connaissait déjà assez avant votre arrivée, merci pour lui.
  • Qu’il ait manifesté dans les rues pour que Sadok Chourou lui rétorque qu’il faudrait couper les mains et les pieds à ses semblables qui ont fait que ce connard ait le droit de s’exprimer aujourd’hui.
  • Qu’il se soit rendu un certain 14 janvier devant le ministère de l’intérieur pour sauver la langue arabe de la francophonie envahissante. D’ailleurs j’ai beau chercher dans mon dico arabe, le mot « Dégage » n’y figure absolument pas.
  • Qu’il ait caillassé la flicaille en pensant intérieurement qu’il allait libérer la Palestine, la Syrie et la Libye. Il espérait juste que le dixième des efforts fournis envers ces pays soit fait pour Bousalem, Kasserine ou Thala.
  • Que Manel Bouallegui, celle qui était une jeune mère de famille, ait réclamé à un moment le droit au Niqab dans les universités et le retour de la Charia. Elle espérait juste que ses gosses aillent à l’université, tout court.
  • Que Hatem Ben Taher, professeur d’Informatique en France soit mort pour que l’on change quelques phrases de notre hymne national.

Par dessus tout, ces femmes et ces hommes ne nous ont pas quittés pour que les séances de l’assemblée constituante commencent à 12h et qu’on n’y parle de sujets aussi importants pour le peuple que l’est le brushing de Souad Abderrahim. Ils ne sont pas morts pour que les vieux séniles continuent de gouverner, ignorant tout ce dont a besoin le jeune Tunisien. Ils ne sont pas partis pour que les supporters de Foot deviennent des supporters de partis, s’envoyant plein la gueule à chaque fois qu’ils parlent politiques et défendant leur partis même après qu’ils aient fait la pire des conneries. Ils ne sont pas décédés pour que l’UGTT, qui avait grandement participé à la révolte soit considérée comme traitre à la nation par des personnes qui utilisent désormais des méthodes nous rappelant les heures les plus mauves de notre histoire.

D’ailleurs tant que j’y suis, un autre martyr est mort hier, il s’appelait Mohamed Ben Romdhane, il a été blessé le 18 janvier 2011 et faute de bons soins, il a succombé à ces blessures. Alors pour que l’honneur des tunisiens ne soit pas lui non plus martyr de la révolution, il serait temps que vous élus de l’Assemblée Constituante, vous bougiez un peu le cul et que vous pensiez à autre chose qu’à votre putain de carrière politique parce que derrière, votre bordel fait qu’il y a de plus en plus de gens qui souhaitent le retour de l’autre enfoiré de Ben Ali et ça, les martyrs ne vous le pardonneront jamais.

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