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La révolution du jasmin pour les nuls : épisode 1

10 Mai

Je sais ce que vous allez me dire : « T’étais où pendant tout ce temps ? Topnet a une connexion aussi pourrie que ça ? Tu as rejoint le CPR ?  Tu cèdes ta place à Don Arabasta ? » (enfin vous n’allez pas tous me dire ça, y a toi, et toi, et toi aussi là-bas qui vous en foutez pas mal, mais je tiens à vous dire que je ne vous aime pas non plus). Donc, je vous l’annonce de suite, tout ce que vous allez dire est faux (sauf pour la connexion de Topnet), si je n’ai pas écrit, c’est parce que je n’étais pas inspiré. Et quand je ne suis pas inspiré, j’écris à peu près les mêmes trucs que Yassine Ayari, et comme je ne veux pas vous faire vivre ça (ni le faire vivre à moi-même non plus), et ben je me suis abstenu.

Bref, tout ça c’est du passé, je me suis repris en main et puis y a aucune raison que Khalil Boukornine se chope tous les likes du pays tout seul. Du coup je me suis dit que j’allais faire un post « utile ». Je m’explique, j’ai remarqué qu’il y a eu beaucoup d’évènements depuis deux ans (figure de style n° 1 : Euphémisme. Dans ta gueule Boukornine !), et je me suis dit que vu la vitesse à laquelle tout cela se passe, vous n’avez carrément rien dû piger de ce qui s’est passé. Du coup, quoi de mieux que de pondre un « La révolution du jasmin pour les nuls » (en vrai je ne vous traite pas de nuls hein, enfin à part les 3 qui ne m’aiment pas là). Et pour simplifier le tout, je vais retracer ces 28 derniers mois à travers une discussion entre un grand-père et son petit fils, en 2034, avec le petit fils de 12 ans qui demande à son grand-père : « Papy, c’est quoi cette révolution du jasmin ? »

Comme dirait Sonia Ben Toumia : « Ci parti ! »

Le Gamin (qu’on appellera sobrement Abderraouf, prénom qui sera très à la mode en 2034) : Papy, c’est quoi cette révolution du jasmin ?

Le Papy : Petit-fils, je pense que tu es un peu trop jeune pour que je te parle de sodomie, mais comme je suis un peu bourré, je vais te l’expliquer. Tu veux savoir quoi ?

Abderraouf : ça a commencé comment ci dija ? (Le terme « ci dija » est rentré dans le dictionnaire en 2023)

Le Papy : Je ne m’en rappelle plus très bien, mais je crois que le 17 décembre 2010, une sombre affaire de nichons, de bascule et de Fedya Hamdi a poussé un mec dénommé Mohamed Bouazizi  à s’immoler par le feu devant la mairie.

Abdou : C’est le même Mohamed Bouazizi de l’avenue qui longe l’aéroport Wajdi Ghonim ?

Le Papy : Exactement petit. Suite à ça, les habitants de Sidi Bouzid, ville de Bouazizi, qui était aussi pauvre qu’aujourd’hui, ont commencé à manifester. Il faut dire qu’à l’époque, la repression et l’inégalité entre les régions a fait que c’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase.

Abdou : Ouais en gros, c’est la même situation qu’aujourd’hui quoi.

Le Papy : Non aujourd’hui c’est mieux, t’as… Bref ferme ta gueule et laisse-moi finir, petit. Donc, la tension était à son comble, des gens commençaient à en parler sur Twitter, un site qui marchait vachement bien à l’époque et qui a fait connaitre des personnalités aussi connues que le ministre des affaires religieuses, Cheikh Riadh El Hammi. Petit à petit, ça a commencé à péter un peu partout à l’ouest du pays, avant de se généraliser dans tout le pays. A un moment des jeunes de Carthage Salambo ont même sorti une chanson rap terrifiante et Lotfi Abdelli, le mec qui présente Question Pour un Champion sur Al Watania 11 a fait une VCast.

Abdou : Ah ouais, c’est parti en couilles ci koumem (pareil c’est rentré dans le dico en 2026)

Le papy : Surveille ton langage na3n weldik. Toujours est-il que, oui, c’était le bordel. Et Ben Ali, le khalife… pardon le président de l’époque a fait 3 speechs à la télé aussi pourris l’un que l’autre, sauf que pour le dernier, on avait l’impression qu’il chiait dans son froc.  Du coup, il a semblé tellement faible que le peuple est sorti dans la rue en criant « Digage ». Par la suite, Rachid Ammar, le mec qui a une statue à la Goulette, et quelques acolytes, ont fait un coup d’état le lendemain en expédiant Ben Ali Emirats Saoudiens Unis, qu’on appelait avant l’Arabie Saoudite. Du coup plus de président, et un mec dont je ne me souviens plus du nom a pris sa place et un nouveau gouvernement a été nommé. Tu aurais vu la joie des Tunisiens… Je crois que c’était la dernière fois qu’ils étaient aussi heureux. Enfin à part lors du but de Msakni en finale de la coupe du Monde 2022. En tout cas ils n’ont pas pu fêter ce départ dignement vu qu’ils devaient former les comités de quartier.

Abdou : Les comités de quartier ? Qu’est ce que c’est que cette connerie encore.

Le papy : Haha, tu ne crois pas si bien dire. Ça aussi c’était pas mal : pour que les gens restent chez eux, on leur a fait croire que des milices du RCD, l’actuel parti de Kamel Morjane, fuyaient par millier du pays, qu’ils étaient armés et que la route pour sortir de la Tunisie, c’était en passant par les petits quartiers du pays. C’était magnifique : à la télé on faisait croire que des ambulances tirait sur les civils, que le tigre de Sakher El Materi, l’actuel 1er ministre des Maldives, mangeait des gens et à un moment on leur a même fait croire que la démocratie allait s’installer.

Abdou : J’ai l’impression que le peuple était aussi con qu’aujourd’hui, papy.

Le papy : Mec, c’était du haut niveau. Là faut que tu ailles dormir, mais demain je te raconterais la suite. Tu vas voir que ceci n’est rien par rapport à ce qui va arriver plus tard. Je te fais juste un petit teasing : Moncef Marzouki.

Abdou : Monsieur le khalife  intérimaire ? Ça va être génial ! Ok papy, je vais dans ma boite à cryogénisation. A demain !

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Y aura un épisode 2 (enfin normalement, si dieu et Topnet le veulent bien). J’espère que c’est beaucoup plus clair là. De toutes façons vous avez intérêt parce que c’est la période la moins compliquée de la « Rélolution du Jasmin ».

PS : Aucun Boukornine n’a été blessé durant l’écriture de ce billet. Par contre pour le Chaambi, je ne vous garantis rien.

Encore une putain d’année !

30 Déc

Je ne sais pas si vous vous rappelez l’année dernière quand j’ai sorti le best-of de 2011 et que je vous avais demandé de faire moins de bruits l’année prochaine ? Je savais pertinemment que vous n’alliez pas le faire, je savais qu’en bons Tunisiens, vous ne pouviez pas vous retenir de foutre la merde. Mais, putain de bordel de merde, je ne pensais jamais que cette foutue année 2012 allait être plus mouvementée que la précédente !

Faut dire qu’on a tout eu ces 12 derniers mois. De l’action, de l’amour, de la haine, du Photoshop, du vol, du viol… Oui, l’année tunisienne pouvait faire passer l’épisode le plus mouvementé de « Amour, gloire et beauté » pour un vulgaire « Winnie l’Ourson ».

Cette année a été cadencée à base de matraques dans la face (notamment le 9 avril), de verres lancés en pleine gueule de Mourou, de coups de boules sur le nez de Zied Krichene et Hamadi Redissi ou de batailles rangées entre Comité de Protection de la Révolution et UGTT. Mais ce n’était que du pipi de chat par rapport à la fin d’année exceptionnelle où l’on aura assisté à l’opération « Ray Charles » de Siliana où nos gentils flics ont essayé leurs nouvelles chevrotines sur les yeux des habitants de la ville. Mais on pensera surtout à l’incroyable attaque par derrière de l’ambassade américaine, orchestrée par des salafistes en Nike Air Max venus crier leur haine contre l’Amérique, le tout derrière un Abou Yadh déchainé. D’ailleurs on se souviendra que ce dernier aura accompli la technique d’évasion la plus aboutie de l’histoire en faisant un coup qui aurait mérité à lui tout seul une nouvelle saison de Prison Break. Pendant ce temps-là, Marzouki entamait sa 176ème bouteille de Koudiat de l’année.

L’année 2012 a aussi été l’année où la drogue a enfin été démocratisée. Et ne me dites pas le contraire ! Il n’y a qu’à voir le nombre de conneries sorties par Bahri Jlassi, celles de l’élue qui veut construire une maison pour réunir les martyrs et les faire jouer ensemble, le magazine pour enfant « 9aws 9ouza7 » qui publie le mode d’emploi pour fabriquer des cocktails Molotov, Houcine Jaziri souhaitant un joyeux Noël au juifs et l’histoire de cet imam qui confond le bruit d’une mitraillette en plastique avec un mec gueulant « il faut tuer Aicha (femme du prophète) ». Oui l’Héroïne, la Mescaline et les Amphéts se sont bien vendus en 2012.

Mais si cette année aura explosé les dépenses de l’état au niveau des importations, et ce à cause de l’arrivée des moutons roumains, du lait slovène et des connards londoniens (coucou Lotfi Zitoune), elle a par contre été très bénéfique pour les opérateurs mobiles, surtout grâce à Kamel Letaief et ses 15 456 875 appels effectués. Mais ne nous mentons pas, le chômage, l’inflation et la pauvreté ont bien augmenté en 12 mois. Pendant ce temps-là, Marzouki proposait d’ouvrir les frontières à nos collègues maghrébins.

Écologiquement parlant, ce n’était pas non plus la joie. On aura perdu un personnage attachant, amical et rendant toujours service aux autres grâce à son skateboard et ses pouvoirs magiques. Vous l’aurez deviné, je parle de Labib, dont les positions engagées n’ont pas plu au gouvernement qui a décidé de ne plus faire appel à ses services. D’ailleurs je ne pense pas que le fait que des cas de peste, maladie disparue avant même la naissance de Beji Caïd Sebsi (quelque part vers le 17ème siècle), soient découverts la même année que la disparition de Labib est dû au fruit du hasard. Bref l’écologie a pris un sale coup, et ce n’est pas l’arrivée des 20 000 Tuk Tuk, sorte d’objets polluants non identifiés, qui améliorera cela.

Au niveau des médias, 2012 aura dépassé tous les records. Si Ettounissia a révélé le temse7, Mohamed Amine (le mec de « Chofti leglass »), l’imam de Douar Hicher (« a3dadtou kafani ») et la fille qui bossait dans le « Maydene », Hannibal, elle, a montré qu’on pouvait toujours faire pire dans le ridicule, notamment avec ça, ça et ça. Al hiwar n’était pas en reste en passant pour la 1ère fois en différé, le 1er gros mot prononcé par un vieux monsieur : « 7aletna mna**a asl ». Pendant ce temps-là, Marzouki recevait des cailloux (importés) à Sidi Bouzid (ou des bonbons à Tozeur, on ne sait plus trop).

Mais pendant que Felix Baumgartner sautait de 39 000 mètres d’altitude, les tunisiens faisaient la même distance, mais en creusant. Entre les fatwas de Adel Almi sur le cancer de l’utérus, les conneries de Bouchlaka qu’on ne citera pas par respect à la géographie (par respect aux Chinois qui lui ont filé 1 milliard aussi), les mecs qui se sont fait arrêter pour un trafic de dindons (si, si), la fille violée puis poursuivie en justice, les 1 562 procès intentés par Fethi Laayouni et les 135 séries d’augmentations obtenues par les élus de l’assemblée constituante, on aura atteint le centre du monde et on arrivera bientôt de l’autre côté de la terre.

Culturellement, ce fut aussi une année faste. Le nouveau best-seller a été un livre écrit par Leila Ben Ali (dont le vrai métier est vendeuse de chaussures pour Sihem Badi), la fac de Mannouba, berceau de la littérature a été fermée pendant des mois, un tableau dessiné au Sénégal a fait fermer la galerie d’arts d’El Abdelleya et Manel Amara a sorti un nouveau clip. Mais heureusement que Wajdi Ghonim est venu en Tunisie pour rehausser le niveau et vanter les mérites de l’excision.

Mais ne soyons pas défaitistes, plusieurs personnes ont pris de bonnes résolutions et ont décidé de maigrir. Les grèves de la faim ont donc été à la mode ces derniers temps, que ce soit pour Bakhti, Sami El Fehri, Nasreddine Ben Saida et bien d’autres qui ont testé les bienfaits de ce régime dont l’efficacité n’est plus à prouver. Pendant ce temps-là, Marzouki libérait un canari de sa cage.

Nous ne pouvons pas non plus parler de cette année sans citer les personnes qui nous ont quittés. On aura donc eu la mort du créateur du Zeme9tel, de Thierry Roland, de la carrière politique de Sarko, celle sur le web de Jalel Brick, de Whitney Houston, de la confiance envers les mayas et leur calendrier pourri, de l’espoir de guérir les blessés de la révolution et de la révolution elle-même.

Nous n’oublierons pas non plus les moments magiques, tels que la campagne « #Ekbess », la photo de Jebali enlaçant Mc Cain, la discussion enregistrée entre Jebali et BCE, le milliard de vues de « Gangnam Style », les tunisiens trollant la page Facebook d’Obama ou l’apparition du nouveau terme à la mode « Ba3dh el atraf ».

Bonté divine, ça c’était une putain d’année. Et cette fois-ci, je ne vous dirais rien, je sais que vous allez faire de 2013 une année encore plus bordélique et que de toutes façons vous ne m’écoutez jamais. Donc je vais la fermer, et je vais juste espérer que l’année prochaine, Labib sera de retour parmi nous.

Souriez, vous êtes violés

8 Déc

Alors vous la sentez cette douleur au fond de vos entrailles ? Ça fait mal hein ?

Bon, je sais qu’en 50 ans, on a vécu aux rythmes des va-et-vient phalliques que nous infligeait la dictature des nos anciens patrons, et que techniquement nous sommes loin d’être des vierges effarouchées dans ce domaine, mais là, il faut avouer que c’est différent. Car oui on peut le dire, nous sommes en train de subir en ce moment même un viol, et que ce viol se fait au suffrage universel. Pourtant, il y a 11 mois de cela, on avait cru qu’après avoir divorcé de notre ancien mari tortionnaire, on allait pouvoir vivre comme nos cousines en Europe ou en Amérique du nord, qui même si elles étaient parfois sujettes à des gang-bangs antidémocratique, avaient toutefois des maris compréhensifs qui leur donnaient toute la liberté dont elles avaient besoin.

En fait non que dalle, les femmes célibataires, ce n’est pas ce qu’il y a de plus libre dans ce monde (surtout si elles sont mères, mais ça c’est une autre histoire) et notre nouveau statut a fait que nous sommes devenus des victimes de tournantes de la part d’une bande organisée qu’on aurait localisée du côté du Bardo.

Bon en fait, j’arrête de parler en métaphore. Ce vieux réflexe acquis durant la période de Ben Ali pour pouvoir écrire sans se faire choper n’est plus d’actualité. Alors autant y aller franco.

Donc pour récapituler, la femme c’est vous, enfin nous, enfin le peuple quoi ou du moins celui qui souhaite vivre une vraie démocratie. La bande organisée c’est celle qu’on appelle « Troïka » lorsqu’on veut se la péter sur Facebook ou dans un café, ou autrement dit Ennahdha, FDTL et CPR. Par contre pour le viol, non ce n’est pas un euphémisme, il est bel et bien présent et on commence vraiment à le sentir depuis quelques semaines (et faut vraiment le faire pour le sentir tellement nous sommes rompus à ce que l’on pourrait appeler si affectueusement « Electoral Buggery » dans la langue de Jenna Jameson).

Ce foursome imposé, dure depuis la 1ère séance de l’assemblée constituante. Déjà dès le départ, on avait commencé à admirer la solidarité des 3 partis lors de l’élection du président de l’assemblée et de ses deux suppléants. Mustapha a voté pour Maherzeya, Maherzeya a voté pour Larbi, Larbi a voté pour Mustapha et ça marche dans tous les sens, bref c’est beau le travail d’équipe. Nous ne reviendrons pas sur le scrutin qui s’est fait anonymement et qui nous a empêché de savoir si nos élus ont tenu leurs promesses, non nous n’y reviendrons pas parce que sinon vous risqueriez de casser votre molette de souris tellement vous allez scroller.

Mais bon tout cela n’est rien, on peut penser qu’il s’agissait uniquement de petites manœuvres politicardes arrangeant les 3 joyeux lurons. Enfin on pouvait le penser jusqu’à la semaine dernière et cette loi sur la motion de censure qu’ils voulaient nous faire passer en douce. Parce qu’il faut admettre qu’essayer de faire passer une loi aussi absurdement dictatoriale relève du foutage de gueule le plus complet. C’est un peu comme essayer de voler le sac d’une vieille dame devant deux gosses en se disant que ces derniers ne vont pas appeler la police. Dans notre cas, les gosses ont pu rameuter quelques milliers de personnes au Bardo pour leur foutre une pression qui s’est révélée salvatrice. D’ailleurs, je n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si on n’avait pas relevé la supercherie (pour l’exemple que je viens de choisir, j’avais pensé à plus trash, un truc où il y a toujours la vieille dame mais sans le sac, bref je vous assure que vous préférez la version soft).

Et ce qui est super dans tout ça, c’est qu’avant d’essayer de nous entuber, la troïka (oui je suis en panne de synonymes, ne m’en voulez pas) gère parfaitement les préliminaires. Ça peaufine en groupe sa proposition de texte de loi, ça se met d’accord pour voter en masse le jour du scrutin et si ça pète dans la rue, ça abandonne en équipe le projet sous prétexte de vouloir satisfaire le peuple.

Et c’est là que ça devient pire qu’un gonzo gérmano-turc (je vous déconseille de googler ça), parce qu’après avoir abandonné le projet de motion de censure, les triplettes de Bardo ont en quelque sorte reculé pour mieux nous transpercer (non pas avec une épée). Car dès le lendemain, ils y sont allés à sec, sans vaseline et avec du gravier de préférence : la constituante ne sera pas limitée dans le temps. C’est à dire qu’au pays du « arja3 ghodwa », où la procrastination est un sport national, nous avons enlevé l’unique moyen qui permettait de mettre la pression sur les élus en leur disant en gros « ouais en fait, la constitution, ce n’est pas comme si on était pressé, prenez votre temps les gens ». Rappelons aussi que ces élus touchent 12 fois le SMIG et qu’ils continueront de le toucher tant que l’assemblée perdurera. Rappelons aussi, histoire de se faire du mal que leur salaire est payé par le contribuable, donc nous (oui je verse dans le populisme et je vous emmerde). Soit dit en passant, ça permet aussi au prochain gouvernement de se taper la belle vie durant tout la période de la constituante, mais ça c’est un détail…

Alors oui, je voudrais bien être optimiste et penser que nos élus vont se bouger le cul en terminant leur mission en un an, mais il me suffit de regarder l’assemblée à la télé pour se rendre compte que nous en avons encore jusqu’à l’an 2036 au mieux pour enfin voir cette foutue constitution. La seule bonne nouvelle dans tout ça c’est que Tahar Hmila qui nous a traités de « déchets de la francophonie » aura surement clamsé d’ici là.

Autre chose, quitte à se faire souiller, on aurait préféré que nos bourreaux ne nous mentent pas auparavant en signant des feuilles de route stipulant que l’assemblée durera un an ou en jurant à qui veut l’entendre qu’aucune coalition n’est prévue. Nous sommes peut-être un peuple facile mais nous avons des principes !

Du coup, avant de souffrir du syndrome de Stockholm et de commencer à croire que Samir Ben Amor est aussi mignon qu’un vrai panda, il va falloir se faire entendre, quitte à faire un Bardo n° 372 et à devoir côtoyer des Yassine Ayari et des Leena Ben Mhenni jour et nuit ! Gueulons ailleurs que durant nos ébats forcés et faisons entendre nos voix, parce que vraiment, je n’ai pas envie de donner raison à cet enfoiré de Stan et à sa pancarte pourrie…

Un autre article sur Souad Abderrahim

11 Nov

Bonjour, vous me reconnaissez ? C’est moi, la candidate à la constituante qui ne veut pas faire la queue pour allez voter, celle qui veut installer les bonnes mœurs dans le pays, ou encore, celle qui trouve que les mères célibataires sont une abomination (pour bien comprendre le truc, une abomination, c’est un truc super grave, genre le jean slim pour les mecs par exemple).

C’est moi Super Connasse ! Ou plus communément appelée Souad Abderrahim.

Toute ma vie, j’ai toujours été différente de mes contemporains. Lorsque vous, communs des mortels étiez passionnés par le Foot, les randonnées ou la collecte de timbres, moi j’optais pour d’autres hobbies tels que faire chier les gens, répandre mes pensées rétrogrades et éduquer le peuple tunisien qui n’arrive pas à s’autogérer.

Ce qui est bien dans tout ça, c’est que le fait que je sois non-voilée et maquillée (mal maquillé d’ailleurs mais là n’est pas la question) me permet en quelque sorte de sortir tous plein de conneries en toute légitimité. Si un jour je dis par exemple que les homosexuels méritent la pendaison en place publique, on ne pourra pas m’accuser d’être extrémiste vu que mes cheveux décolorés volent au vent et que dans mon boulot je vends tout pleins de trucs tabous tels que les capotes et autres pilules du lendemain.

D’ailleurs, certaines mauvaises langues disent qu’Ennahdha m’a mis en tête de liste pour ces raisons, et que le fait d’avoir choisi la zone de Tunis 2, réputée comme étant la plus craintive vis-à-vis ce parti est un choix stratégique. C’est fou ce que les gens peuvent être jaloux dans ce pays. Que veulent-ils à la fin ? Que les gens soient libres de vivre leur vie comme ça leur chante ? Et puis quoi encore ? Vous verrez que bientôt ils vont nous réclamer le droit d’avorter ces cons. Ah, on me signale que c’est déjà le cas… Mais c’est quoi ce pays de merde ?

Ah oui je ne vous ai pas dit, mes idoles dans la vie sont : Saida Agrebi, Leila Ben Ali et l’Ayatollah Khomeini. Au final je suis heureuse d’avoir hérité du physique de la 1ère, de la perfidie de la 2ème et des idées du 3ème. Voilà ce qu’on appelle une vie accomplie.

Maintenant, il ne me reste plus qu’une étape pour achever ma carrière en beauté : devenir ministre de la femme. Parce qu’il faut avouer qu’elles ont besoin de recadrage celles-là ! D’abord pour commencer, ça veut avoir des enfants en dehors du mariage et après ça vient réclamer des droits. Si au moins  elles ont été violées je comprendrais, mais là c’est consenti, quelle horreur ! (Comment ça on ne peut pas toujours prouver qu’une femme a été violée ? Ah au temps pour moi, je ne le savais pas). Après ça veut adopter des gosses et leur filer leur nom de famille. Non mais manquerait plus qu’un gosse élevé dès sa naissance par une famille se sente comme chez lui !

Y en a même qui réclame le droit au concubinage ! Non mais moi quand j’étais jeune et qu’un mec voulait bien de moi parce qu’il était bourré, on savait se cacher dans une plage déserte ou derrière des buissons. Mais là dans un appart avec les voisins qui risquent d’entendre le bruit, c’est « 7ram » ! Intolérable dans un pays musulman.

Bref le travail va être long et dur (par comme celle de Samir Dilou… pardon je m’égare), mais j’y arriverai, d’ici quelques années la société sera enfin nettoyée au karcher, on aura enfin des jeunes femmes qui ne coucheront plus avec des hommes. Enfin elles le feront peut-être mais elles ne le diront pas après.

Alors pour conclure, je vais vous citer ce qu’a dit un certain Marwen Ben Messaoud, histoire de vous montrer à quel point les gens sont haineux envers moi :

Chère Madame,

Tant que je ne viens pas boire de la bière chez VOUS, en matant un porno sur VOTRE télé, je ne vois pas pourquoi vous ouvrez votre grande gueule.

Maintenant, je pense être le plus poli possible en vous disant : « Connasse » !

L’infernale spirale de l’extrémisme

2 Nov

Neuf mois sont passés depuis le départ de Ben Ali, neuf mois d’une gestation mouvementée qui aura accouché d’un constat sans appel : une bonne partie des tunisiens a pour unique priorité le respect de sa religion.

Il est bien sûr évident que la religion prenne autant d’importance dans une société aussi conservatrice que la nôtre, mais que cela soit aussi généralisé a été une surprise pour ceux que l’on qualifie de modérés.

En effet, si on replonge en pleine période de turbulence qu’était celle de janvier, les revendications du peuple tournaient autour de la dignité, de l’éradication de la pauvreté et de la justice. En dehors des « Allah Akbar » lancés par les jeunes  révolutionnaires au moment d’affronter le symbole de l’oppression, la religion n’a pratiquement pas été mentionnée durant ces heurts. Elle était probablement la source de courage de la plupart d’entre eux, pour qui mourir en martyr était un honneur, mais ça s’arrêtait là.

Alors comment expliquer que 9 mois après, dignité, liberté et égalité aient été remplacé par un débat stérile tournant autour de la laïcité et de la religion, et que l’unique priorité lors du choix du vote se soit rapporté à ce sujet ?

Et bien disons que nous autres laïcs, y avons grandement contribué en mettant ce débat sur la table dans une société aussi attachée à ses valeurs arabo-musulmane et qui confondait laïcité et athéisme. Nous avons rarement pris la peine de leur expliquer la différence entre ces deux aspects et surtout, notre avidité pour combattre l’obscurantiste d’en face nous a fait révéler un aspect très dangereux de notre personnalité : l’extrémisme laïc.

C’est à mon sens à cause de cela que le changement s’est opéré. La grande erreur a été de lutter contre l’extrémisme religieux à travers un dénigrement qui n’a fait que renforcer l’enfermement de ces derniers. D’un côté on a reproché aux islamistes leur manque d’ouverture, tandis que de nôtre côté nous rabaissions les femmes en burqa et avions réduit le programme d’Ennahdha à la multiplicité des femmes et à l’obligation de porter le voile.

Au lieu de critiquer Ennahdha sur son programme électoral copié sur celui du RCD en 2009, au lieu de leur poser les vraies questions relatives aux libertés individuelles (position vis-à-vis des imams prônant des discours de haine, réactions face aux dérives d’ordre islamiste, etc.), nous avons préféré aborder des sujets non-mentionnés dans le programme de ce parti et dont les réponses étaient du coup toute trouvée. Pire nous avons choisi une voie que les moins modérés percevaient comme étant de la provocation, et ceci n’a fait que les pousser vers l’extrémisme.

Nous l’avons vu avec Persépolis, même quand un contenu véhicule un message rempli de sens, c’est la provocation que l’on verra avant tout. A coups de pages Facebook corrompues, toute tentative de ce genre est transformée en blasphème télévisé. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons enchainé en médiatisant  la manifestation « A3ta9ni » et le documentaire « Ni Allah, ni maitre », ce qui aux mains des « admins » Facebook, était du pain béni pour contrer le « laïque mécréant ».

Il faut se rendre à l’évidence, nous avons nous-mêmes renforcé la position d’Ennahdha : au lieu d’aller vers ses sympathisants, de leur parler et d’essayer de les convaincre, nous les avons dénigré et leur avons donc donné le bâton pour se faire battre. Ajoutons à cela les multiples rumeurs sans fondement qui ont été lancées, nous faisant perdre toute crédibilité et vous comprendrez que l’on a établi un clivage entre deux parties de la population, obligeant le tunisien à choisir un camp, et que ce dernier était rarement celui du modéré.

Mario Puzo a fait dire à Vito Corleone : «Garde toujours tes amis près de toi et tes ennemis, encore plus près ». Je remplacerais « ennemis » par « opposants », mais toujours est-il que nous les avons éloignés, et les avons laissé emmener avec eux une bonne partie de ceux qui étaient neutres.

Alors même si cela implique le fait de nous autocensurer sur certains aspects qu’ils trouvent offensant, il faudra passer par là durant les prochains mois. Le constat est amer, très amer même mais il me semble clair : nous étions à côté de la plaque, toutes nos initiatives n’ont fait qu’élargir le fossé qui sépare le « laïque » du religieux. L’extrême appelle l’extrême et pour chaque statuette nue sur l’avenue Habib Bourguiba, c’est une centaine de nouveaux électeurs d’Ennahdha que nous créerons, à chaque fois que nous les traiterons d’imbéciles, nous ne ferons que renforcer leur position. Devrais-je d’ailleurs vous rappeler que moult électeurs ont choisi ce parti « afin de ne plus voir de blasphèmes à la télé » ?

Pour autant, changer de discours et de méthodes ne signifie pas que l’on doit céder d’un iota en ce qui concerne nos libertés individuelles. Cela ne signifie pas non plus que l’on admette qu’ils aient raison. Je demande juste à ce que nous les comprenions, que les deux parties se rapprochent et qu’elles dialoguent. On ne nait pas extrémiste, on le devient, et nous avons encore les clés en main pour qu’on ne le devienne plus.

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