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Encore une putain d’année !

30 Déc

Je ne sais pas si vous vous rappelez l’année dernière quand j’ai sorti le best-of de 2011 et que je vous avais demandé de faire moins de bruits l’année prochaine ? Je savais pertinemment que vous n’alliez pas le faire, je savais qu’en bons Tunisiens, vous ne pouviez pas vous retenir de foutre la merde. Mais, putain de bordel de merde, je ne pensais jamais que cette foutue année 2012 allait être plus mouvementée que la précédente !

Faut dire qu’on a tout eu ces 12 derniers mois. De l’action, de l’amour, de la haine, du Photoshop, du vol, du viol… Oui, l’année tunisienne pouvait faire passer l’épisode le plus mouvementé de « Amour, gloire et beauté » pour un vulgaire « Winnie l’Ourson ».

Cette année a été cadencée à base de matraques dans la face (notamment le 9 avril), de verres lancés en pleine gueule de Mourou, de coups de boules sur le nez de Zied Krichene et Hamadi Redissi ou de batailles rangées entre Comité de Protection de la Révolution et UGTT. Mais ce n’était que du pipi de chat par rapport à la fin d’année exceptionnelle où l’on aura assisté à l’opération « Ray Charles » de Siliana où nos gentils flics ont essayé leurs nouvelles chevrotines sur les yeux des habitants de la ville. Mais on pensera surtout à l’incroyable attaque par derrière de l’ambassade américaine, orchestrée par des salafistes en Nike Air Max venus crier leur haine contre l’Amérique, le tout derrière un Abou Yadh déchainé. D’ailleurs on se souviendra que ce dernier aura accompli la technique d’évasion la plus aboutie de l’histoire en faisant un coup qui aurait mérité à lui tout seul une nouvelle saison de Prison Break. Pendant ce temps-là, Marzouki entamait sa 176ème bouteille de Koudiat de l’année.

L’année 2012 a aussi été l’année où la drogue a enfin été démocratisée. Et ne me dites pas le contraire ! Il n’y a qu’à voir le nombre de conneries sorties par Bahri Jlassi, celles de l’élue qui veut construire une maison pour réunir les martyrs et les faire jouer ensemble, le magazine pour enfant « 9aws 9ouza7 » qui publie le mode d’emploi pour fabriquer des cocktails Molotov, Houcine Jaziri souhaitant un joyeux Noël au juifs et l’histoire de cet imam qui confond le bruit d’une mitraillette en plastique avec un mec gueulant « il faut tuer Aicha (femme du prophète) ». Oui l’Héroïne, la Mescaline et les Amphéts se sont bien vendus en 2012.

Mais si cette année aura explosé les dépenses de l’état au niveau des importations, et ce à cause de l’arrivée des moutons roumains, du lait slovène et des connards londoniens (coucou Lotfi Zitoune), elle a par contre été très bénéfique pour les opérateurs mobiles, surtout grâce à Kamel Letaief et ses 15 456 875 appels effectués. Mais ne nous mentons pas, le chômage, l’inflation et la pauvreté ont bien augmenté en 12 mois. Pendant ce temps-là, Marzouki proposait d’ouvrir les frontières à nos collègues maghrébins.

Écologiquement parlant, ce n’était pas non plus la joie. On aura perdu un personnage attachant, amical et rendant toujours service aux autres grâce à son skateboard et ses pouvoirs magiques. Vous l’aurez deviné, je parle de Labib, dont les positions engagées n’ont pas plu au gouvernement qui a décidé de ne plus faire appel à ses services. D’ailleurs je ne pense pas que le fait que des cas de peste, maladie disparue avant même la naissance de Beji Caïd Sebsi (quelque part vers le 17ème siècle), soient découverts la même année que la disparition de Labib est dû au fruit du hasard. Bref l’écologie a pris un sale coup, et ce n’est pas l’arrivée des 20 000 Tuk Tuk, sorte d’objets polluants non identifiés, qui améliorera cela.

Au niveau des médias, 2012 aura dépassé tous les records. Si Ettounissia a révélé le temse7, Mohamed Amine (le mec de « Chofti leglass »), l’imam de Douar Hicher (« a3dadtou kafani ») et la fille qui bossait dans le « Maydene », Hannibal, elle, a montré qu’on pouvait toujours faire pire dans le ridicule, notamment avec ça, ça et ça. Al hiwar n’était pas en reste en passant pour la 1ère fois en différé, le 1er gros mot prononcé par un vieux monsieur : « 7aletna mna**a asl ». Pendant ce temps-là, Marzouki recevait des cailloux (importés) à Sidi Bouzid (ou des bonbons à Tozeur, on ne sait plus trop).

Mais pendant que Felix Baumgartner sautait de 39 000 mètres d’altitude, les tunisiens faisaient la même distance, mais en creusant. Entre les fatwas de Adel Almi sur le cancer de l’utérus, les conneries de Bouchlaka qu’on ne citera pas par respect à la géographie (par respect aux Chinois qui lui ont filé 1 milliard aussi), les mecs qui se sont fait arrêter pour un trafic de dindons (si, si), la fille violée puis poursuivie en justice, les 1 562 procès intentés par Fethi Laayouni et les 135 séries d’augmentations obtenues par les élus de l’assemblée constituante, on aura atteint le centre du monde et on arrivera bientôt de l’autre côté de la terre.

Culturellement, ce fut aussi une année faste. Le nouveau best-seller a été un livre écrit par Leila Ben Ali (dont le vrai métier est vendeuse de chaussures pour Sihem Badi), la fac de Mannouba, berceau de la littérature a été fermée pendant des mois, un tableau dessiné au Sénégal a fait fermer la galerie d’arts d’El Abdelleya et Manel Amara a sorti un nouveau clip. Mais heureusement que Wajdi Ghonim est venu en Tunisie pour rehausser le niveau et vanter les mérites de l’excision.

Mais ne soyons pas défaitistes, plusieurs personnes ont pris de bonnes résolutions et ont décidé de maigrir. Les grèves de la faim ont donc été à la mode ces derniers temps, que ce soit pour Bakhti, Sami El Fehri, Nasreddine Ben Saida et bien d’autres qui ont testé les bienfaits de ce régime dont l’efficacité n’est plus à prouver. Pendant ce temps-là, Marzouki libérait un canari de sa cage.

Nous ne pouvons pas non plus parler de cette année sans citer les personnes qui nous ont quittés. On aura donc eu la mort du créateur du Zeme9tel, de Thierry Roland, de la carrière politique de Sarko, celle sur le web de Jalel Brick, de Whitney Houston, de la confiance envers les mayas et leur calendrier pourri, de l’espoir de guérir les blessés de la révolution et de la révolution elle-même.

Nous n’oublierons pas non plus les moments magiques, tels que la campagne « #Ekbess », la photo de Jebali enlaçant Mc Cain, la discussion enregistrée entre Jebali et BCE, le milliard de vues de « Gangnam Style », les tunisiens trollant la page Facebook d’Obama ou l’apparition du nouveau terme à la mode « Ba3dh el atraf ».

Bonté divine, ça c’était une putain d’année. Et cette fois-ci, je ne vous dirais rien, je sais que vous allez faire de 2013 une année encore plus bordélique et que de toutes façons vous ne m’écoutez jamais. Donc je vais la fermer, et je vais juste espérer que l’année prochaine, Labib sera de retour parmi nous.

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Pourquoi la Tunisie est le pays le plus développé au monde

30 Oct

Franchement, à vous lire les gars, on a vraiment l’impression que le pays part en couilles, qu’on est les plus pourraves du monde et que l’on ne vaut pas mieux que la raclure à chiottes de Lotfi Zitoune. Du coup, conscient que vous êtes en train de dramatiser et que cela ne fait que mettre des bâtons dans les roues de notre « cher » gouvernement, j’ai décidé de vous démontrer, via des arguments solides et posés, que la Tunisie n’est pas seulement un pays développé, mais que c’est le plus développé au monde !

Seul pays au monde à avoir commercialisé un shampoing à l’huile de vison, la Tunisie a toujours été considérée comme un précurseur dans l’industrie biochimique. La médecine n’est pas en reste non plus et des progrès en terme de soins ne cessent d’être accomplis. Ce qui conduit à avoir des hommes politiques de près de 90 ans qui se positionnent en favoris pour les présidentielles du pays.

Au niveau des infrastructures, les routes tunisiennes sont les seules au monde où l’on peut admirer la présence de 6 voies. Les sympathiques conducteurs tunisiens se créant un passage avec une simple phrase ressemblant à « Ti eb3ed *** ommek » et qui se traduirait en français par un aimable « veuillez prendre la partie droite du milieu de la route je vous prie ».

La Tunisie est aussi citée partout pour son système de réhabilitation des prisonniers. En effet, il n’est pas rare de voir des anciens terroristes, pédophiles ou autres voleurs repentis occuper suite à leur libération des postes ministériels ou de cadres de partis politiques. Le premier ministre suédois avoue d’ailleurs s’être inspiré de ce pays nord-africain, petit par la taille mais ô combien grand par sa richesse d’esprit.

La Tunisie a aussi été la nation dans laquelle sont nées des personnalités aussi connues que Hannibal, El Kahina et Kenza Fourati. Le pays regorge de ressources intellectuelles, humaines et technologiques, ce qui explique que le pays arrive à maintenir une certaine productivité alors qu’il est géré par un président alcoolique, un peu fou et ayant un gout prononcé pour la libération impulsive de canaris.

La qualité de vie du pays dépasse de loin les standards européens; piscines à ciel ouvert, parcours d’escalade en plein centre-ville ou échanges culturels avec l’ambassade américaine, les activités sont aussi diverses que variées au pays du bonheur éternel.

Mais que serait un pays développé sans l’art ? Et à ce niveau, les Tunisiens n’ont rien à envier aux Italiens, Français ou autres  pays de mécréants . Musicalement, des chanteurs aussi doués que Amel Mathlouthi, Dali Benji et Soufia Sadok se partagent la scène, tandis que des réalisateurs aussi prestigieux que Jilani Saadi et Brahim Letaief permettent à des acteurs tels que Kawther El Bardi ou Naima El Jeni de faire étalage de leur formidable talent.

Bref, vous l’aurez compris, la nouvelle hype n’est ni  le Brésil, ni la Chine, mais bel et bien le pays qui a lancé le printemps arabe, l’hiver islamiste et l’été indien (à moins que ça ne soit Joe Dassin pour ce dernier, je ne suis plus très sûr). Je l’annonce donc haut et fort : Ingénieurs, investisseurs, poètes, docteurs, bonasses libanaises (ouais surtout vous) et étudiants du monde entier, venez chez nous ! Cotoyez-nous ! Ramenez votre putain de devises étrangères parce que c’est bien beau tout ça, mais on a 217 salaires d’élus de la constituante à payer, et que malgré tout ce développement, on galère grave pour y arriver.

Article sponsorisé par l’ATCE.

Source : Le guide du Routard

Souriez, vous êtes violés

8 Déc

Alors vous la sentez cette douleur au fond de vos entrailles ? Ça fait mal hein ?

Bon, je sais qu’en 50 ans, on a vécu aux rythmes des va-et-vient phalliques que nous infligeait la dictature des nos anciens patrons, et que techniquement nous sommes loin d’être des vierges effarouchées dans ce domaine, mais là, il faut avouer que c’est différent. Car oui on peut le dire, nous sommes en train de subir en ce moment même un viol, et que ce viol se fait au suffrage universel. Pourtant, il y a 11 mois de cela, on avait cru qu’après avoir divorcé de notre ancien mari tortionnaire, on allait pouvoir vivre comme nos cousines en Europe ou en Amérique du nord, qui même si elles étaient parfois sujettes à des gang-bangs antidémocratique, avaient toutefois des maris compréhensifs qui leur donnaient toute la liberté dont elles avaient besoin.

En fait non que dalle, les femmes célibataires, ce n’est pas ce qu’il y a de plus libre dans ce monde (surtout si elles sont mères, mais ça c’est une autre histoire) et notre nouveau statut a fait que nous sommes devenus des victimes de tournantes de la part d’une bande organisée qu’on aurait localisée du côté du Bardo.

Bon en fait, j’arrête de parler en métaphore. Ce vieux réflexe acquis durant la période de Ben Ali pour pouvoir écrire sans se faire choper n’est plus d’actualité. Alors autant y aller franco.

Donc pour récapituler, la femme c’est vous, enfin nous, enfin le peuple quoi ou du moins celui qui souhaite vivre une vraie démocratie. La bande organisée c’est celle qu’on appelle « Troïka » lorsqu’on veut se la péter sur Facebook ou dans un café, ou autrement dit Ennahdha, FDTL et CPR. Par contre pour le viol, non ce n’est pas un euphémisme, il est bel et bien présent et on commence vraiment à le sentir depuis quelques semaines (et faut vraiment le faire pour le sentir tellement nous sommes rompus à ce que l’on pourrait appeler si affectueusement « Electoral Buggery » dans la langue de Jenna Jameson).

Ce foursome imposé, dure depuis la 1ère séance de l’assemblée constituante. Déjà dès le départ, on avait commencé à admirer la solidarité des 3 partis lors de l’élection du président de l’assemblée et de ses deux suppléants. Mustapha a voté pour Maherzeya, Maherzeya a voté pour Larbi, Larbi a voté pour Mustapha et ça marche dans tous les sens, bref c’est beau le travail d’équipe. Nous ne reviendrons pas sur le scrutin qui s’est fait anonymement et qui nous a empêché de savoir si nos élus ont tenu leurs promesses, non nous n’y reviendrons pas parce que sinon vous risqueriez de casser votre molette de souris tellement vous allez scroller.

Mais bon tout cela n’est rien, on peut penser qu’il s’agissait uniquement de petites manœuvres politicardes arrangeant les 3 joyeux lurons. Enfin on pouvait le penser jusqu’à la semaine dernière et cette loi sur la motion de censure qu’ils voulaient nous faire passer en douce. Parce qu’il faut admettre qu’essayer de faire passer une loi aussi absurdement dictatoriale relève du foutage de gueule le plus complet. C’est un peu comme essayer de voler le sac d’une vieille dame devant deux gosses en se disant que ces derniers ne vont pas appeler la police. Dans notre cas, les gosses ont pu rameuter quelques milliers de personnes au Bardo pour leur foutre une pression qui s’est révélée salvatrice. D’ailleurs, je n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si on n’avait pas relevé la supercherie (pour l’exemple que je viens de choisir, j’avais pensé à plus trash, un truc où il y a toujours la vieille dame mais sans le sac, bref je vous assure que vous préférez la version soft).

Et ce qui est super dans tout ça, c’est qu’avant d’essayer de nous entuber, la troïka (oui je suis en panne de synonymes, ne m’en voulez pas) gère parfaitement les préliminaires. Ça peaufine en groupe sa proposition de texte de loi, ça se met d’accord pour voter en masse le jour du scrutin et si ça pète dans la rue, ça abandonne en équipe le projet sous prétexte de vouloir satisfaire le peuple.

Et c’est là que ça devient pire qu’un gonzo gérmano-turc (je vous déconseille de googler ça), parce qu’après avoir abandonné le projet de motion de censure, les triplettes de Bardo ont en quelque sorte reculé pour mieux nous transpercer (non pas avec une épée). Car dès le lendemain, ils y sont allés à sec, sans vaseline et avec du gravier de préférence : la constituante ne sera pas limitée dans le temps. C’est à dire qu’au pays du « arja3 ghodwa », où la procrastination est un sport national, nous avons enlevé l’unique moyen qui permettait de mettre la pression sur les élus en leur disant en gros « ouais en fait, la constitution, ce n’est pas comme si on était pressé, prenez votre temps les gens ». Rappelons aussi que ces élus touchent 12 fois le SMIG et qu’ils continueront de le toucher tant que l’assemblée perdurera. Rappelons aussi, histoire de se faire du mal que leur salaire est payé par le contribuable, donc nous (oui je verse dans le populisme et je vous emmerde). Soit dit en passant, ça permet aussi au prochain gouvernement de se taper la belle vie durant tout la période de la constituante, mais ça c’est un détail…

Alors oui, je voudrais bien être optimiste et penser que nos élus vont se bouger le cul en terminant leur mission en un an, mais il me suffit de regarder l’assemblée à la télé pour se rendre compte que nous en avons encore jusqu’à l’an 2036 au mieux pour enfin voir cette foutue constitution. La seule bonne nouvelle dans tout ça c’est que Tahar Hmila qui nous a traités de « déchets de la francophonie » aura surement clamsé d’ici là.

Autre chose, quitte à se faire souiller, on aurait préféré que nos bourreaux ne nous mentent pas auparavant en signant des feuilles de route stipulant que l’assemblée durera un an ou en jurant à qui veut l’entendre qu’aucune coalition n’est prévue. Nous sommes peut-être un peuple facile mais nous avons des principes !

Du coup, avant de souffrir du syndrome de Stockholm et de commencer à croire que Samir Ben Amor est aussi mignon qu’un vrai panda, il va falloir se faire entendre, quitte à faire un Bardo n° 372 et à devoir côtoyer des Yassine Ayari et des Leena Ben Mhenni jour et nuit ! Gueulons ailleurs que durant nos ébats forcés et faisons entendre nos voix, parce que vraiment, je n’ai pas envie de donner raison à cet enfoiré de Stan et à sa pancarte pourrie…

L’infernale spirale de l’extrémisme

2 Nov

Neuf mois sont passés depuis le départ de Ben Ali, neuf mois d’une gestation mouvementée qui aura accouché d’un constat sans appel : une bonne partie des tunisiens a pour unique priorité le respect de sa religion.

Il est bien sûr évident que la religion prenne autant d’importance dans une société aussi conservatrice que la nôtre, mais que cela soit aussi généralisé a été une surprise pour ceux que l’on qualifie de modérés.

En effet, si on replonge en pleine période de turbulence qu’était celle de janvier, les revendications du peuple tournaient autour de la dignité, de l’éradication de la pauvreté et de la justice. En dehors des « Allah Akbar » lancés par les jeunes  révolutionnaires au moment d’affronter le symbole de l’oppression, la religion n’a pratiquement pas été mentionnée durant ces heurts. Elle était probablement la source de courage de la plupart d’entre eux, pour qui mourir en martyr était un honneur, mais ça s’arrêtait là.

Alors comment expliquer que 9 mois après, dignité, liberté et égalité aient été remplacé par un débat stérile tournant autour de la laïcité et de la religion, et que l’unique priorité lors du choix du vote se soit rapporté à ce sujet ?

Et bien disons que nous autres laïcs, y avons grandement contribué en mettant ce débat sur la table dans une société aussi attachée à ses valeurs arabo-musulmane et qui confondait laïcité et athéisme. Nous avons rarement pris la peine de leur expliquer la différence entre ces deux aspects et surtout, notre avidité pour combattre l’obscurantiste d’en face nous a fait révéler un aspect très dangereux de notre personnalité : l’extrémisme laïc.

C’est à mon sens à cause de cela que le changement s’est opéré. La grande erreur a été de lutter contre l’extrémisme religieux à travers un dénigrement qui n’a fait que renforcer l’enfermement de ces derniers. D’un côté on a reproché aux islamistes leur manque d’ouverture, tandis que de nôtre côté nous rabaissions les femmes en burqa et avions réduit le programme d’Ennahdha à la multiplicité des femmes et à l’obligation de porter le voile.

Au lieu de critiquer Ennahdha sur son programme électoral copié sur celui du RCD en 2009, au lieu de leur poser les vraies questions relatives aux libertés individuelles (position vis-à-vis des imams prônant des discours de haine, réactions face aux dérives d’ordre islamiste, etc.), nous avons préféré aborder des sujets non-mentionnés dans le programme de ce parti et dont les réponses étaient du coup toute trouvée. Pire nous avons choisi une voie que les moins modérés percevaient comme étant de la provocation, et ceci n’a fait que les pousser vers l’extrémisme.

Nous l’avons vu avec Persépolis, même quand un contenu véhicule un message rempli de sens, c’est la provocation que l’on verra avant tout. A coups de pages Facebook corrompues, toute tentative de ce genre est transformée en blasphème télévisé. Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons enchainé en médiatisant  la manifestation « A3ta9ni » et le documentaire « Ni Allah, ni maitre », ce qui aux mains des « admins » Facebook, était du pain béni pour contrer le « laïque mécréant ».

Il faut se rendre à l’évidence, nous avons nous-mêmes renforcé la position d’Ennahdha : au lieu d’aller vers ses sympathisants, de leur parler et d’essayer de les convaincre, nous les avons dénigré et leur avons donc donné le bâton pour se faire battre. Ajoutons à cela les multiples rumeurs sans fondement qui ont été lancées, nous faisant perdre toute crédibilité et vous comprendrez que l’on a établi un clivage entre deux parties de la population, obligeant le tunisien à choisir un camp, et que ce dernier était rarement celui du modéré.

Mario Puzo a fait dire à Vito Corleone : «Garde toujours tes amis près de toi et tes ennemis, encore plus près ». Je remplacerais « ennemis » par « opposants », mais toujours est-il que nous les avons éloignés, et les avons laissé emmener avec eux une bonne partie de ceux qui étaient neutres.

Alors même si cela implique le fait de nous autocensurer sur certains aspects qu’ils trouvent offensant, il faudra passer par là durant les prochains mois. Le constat est amer, très amer même mais il me semble clair : nous étions à côté de la plaque, toutes nos initiatives n’ont fait qu’élargir le fossé qui sépare le « laïque » du religieux. L’extrême appelle l’extrême et pour chaque statuette nue sur l’avenue Habib Bourguiba, c’est une centaine de nouveaux électeurs d’Ennahdha que nous créerons, à chaque fois que nous les traiterons d’imbéciles, nous ne ferons que renforcer leur position. Devrais-je d’ailleurs vous rappeler que moult électeurs ont choisi ce parti « afin de ne plus voir de blasphèmes à la télé » ?

Pour autant, changer de discours et de méthodes ne signifie pas que l’on doit céder d’un iota en ce qui concerne nos libertés individuelles. Cela ne signifie pas non plus que l’on admette qu’ils aient raison. Je demande juste à ce que nous les comprenions, que les deux parties se rapprochent et qu’elles dialoguent. On ne nait pas extrémiste, on le devient, et nous avons encore les clés en main pour qu’on ne le devienne plus.

Tunisie, l’an 6 après Rached Ghannouchi

19 Avr

Disclaimer : Ceci est une note d’anticipation, tout ce qui y est dit est de la fiction, qui je l’espère, le restera toujours.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, petit rappel des faits : Le 24 juillet 2011, la « coalition islamique » réunissant Ennahdha et le reste des partis islamiques officiels a obtenu 66% des sièges de la constituante, bénéficiant de la sorte de la majorité absolue. La constitution a donc été arrangée de telle sorte à ne pas organiser d’élection présidentielle et ne pas prendre le risque de perdre leur avantage, le pouvoir fut alors remis à l’assemblée.

Nous sommes à Tunis, le 14 mai 2016. Un jeune homme de 29 ans qu’on appellera Mehdi pour préserver son anonymat nous fait découvrir la Tunisie de Rached Ghannouchi.

Mehdi a 29 ans, il est agriculteur comme 56% de la population. L’alcool étant devenu interdit  et ayant entrainé le tourisme dans sa chute, c’est l’agriculture qui est devenue la 1ère ressource du pays. Bien sûr, tous les produits pouvant servir à la fabrication d’alcool étant prohibés, l’idée de cultiver des figues, du raisin, des olives ou même des dattes a vite été abandonnée.  C’est vers les fleurs que Mehdi se dirigera. Il en cultive toutes sortes et les exporte vers les pays « frères ».

En effet, les ponts avec les pays « mécréants » ont été coupés depuis 2012 et la Tunisie ne traite désormais plus qu’avec les pays musulmans. Le Liban a même subi les foudres du Cheikh Rached suite à un énième clip de Hayfa Wahbi et a été rajouté à la longue liste des pays ennemis.

Mehdi nous parle de sa situation : n’ayant pas encore assez d’argent, il ne peut pas se marier. En attendant, il n’a ni accès aux sites X (Ammar 404 a laissé sa place à Amir El mo2minine 404, qui ne laisse passer que les sites à caractère religieux), ni aux bordels, qui ont tous fermé courant 2011. Ne pouvant pas non plus être mis en contact avec des personnes du sexe opposé, Mehdi a trouvé toute l’affection dont il avait besoin auprès de sa chèvre qu’il a affectueusement surnommé « Ma3zouzia ».

Mehdi trouve sa situation d’autant plus dramatique que son cousin Ismail, qui a fait fortune dans la fabrication des chapelets (sob7a), a épousé 4 femmes. Et à chaque fois qu’il en avait marre d’une d’entre elles, il divorçait grâce au service « Talla9ni » qui permet d’envoyer 3 SMS pour divorcer de sa femme en respectant le « tale9 bel thalatha ».

Quand on demande à Mehdi ce qu’il a comme divertissement, il lève les yeux au ciel et nous dit : « Vous savez ici, il n’y a pratiquement rien. A la télé on a une seule chaine qui ne passe que du Coran ou des sermons. Alors oui, c’est vrai que le jour de l’Aid il y a l’élection de Miss Niqab qui est sympa, mais c’est à peu près tout. Pour les livres, comme vous le savez, on ne vend que des livres religieux. Mon ami Chafi9 a été inculpé de 5 ans de prison car ils ont trouvé un « Tintin en Amérique » caché sous son lit. C’est risqué ! ». Il conclue en disant : « En fait la seule vraie distraction ici, c’est les jeudis lapidation instauré par le ministre de la culture, Psycko M. Tous les jeudis on se rend à l’avenue « Ridha2 al walideyn » (anciennement dénommée avenue Habib Bourguiba) pour lapider les femmes qui ont dévoilé un bout de leurs doigts. Ça change de la routine».

En 2016, le tourisme n’a pas disparu en totalité. Celui auquel on était habitué a laissé sa place au tourisme religieux. Des dizaines de milliers de personnes affluant du Moyen-Orient se rendent à Hammamet chaque année pour le festival de la ta9wa. Des conférences des plus hauts dignitaires religieux durant 3 semaines, des concours de barbes à la salle de prière « Calypso », des lancers de « 3ara9eya » et pleins d’autres évènements ont lieu durant cette période.

Les marques ont du aussi revoir leur branding. Un célèbre opérateur de téléphonie mobile a dû changer le nom de son programme de fidélité «Points MERCI » par « Points Jazeka Allah Khayran ». Un service « Otlob Ellotf » avec numéro surtaxé a aussi été lancé par son plus grand concurrent.

Économiquement, le pays a beaucoup de mal à tenir la route. Le fait de laisser les femmes à la maison a permis à certains de trouver du boulot, mais très peu arrivent à couvrir avec leur salaire les charges de toute une famille. Surtout qu’étant donné l’interdiction de tous les moyens de contraception et la multiplication des femmes, les membres d’une seule famille dépassait souvent la douzaine. La solution de les faire adopter par Angelina Jolie ou Madonna a aussi été écartée, étant donné l’interdiction de ces dernières de se rendre en Tunisie pour cause de différences religieuse.

Des tunisiens ont aussi été privés de revenir dans leur pays. C’est le cas par exemple de la top model Kenza Fourati (non franchement, vous vous attendiez à lire une note qui ne la mentionnerait pas ?) qui après visionnage de ces vidéos dénudées par Rached Ghannouchi (on raconte qu’il a visionné la vidéo une vingtaine de fois avant de prendre une telle décision) a été interdite de séjour sur sa terre natale.

R. Ghannouchi s’est aussi occupé d’écarter ses plus grands détracteurs. En témoigne le coup de filet du 13 octobre 2012 qui a vu la police islamique arrêter le patron de Gillette, Sawsen Maalej et Chamseddine Bacha durant la même soirée.

Le cheikh s’est assuré par la suite de ne pas vivre le même scénario que son prédécesseur ZABA. En interdisant l’alcool, il s’est garanti qu’aucune personne ne pouvait plus s’immoler par le feu. Un plan diablement efficace.

Nous quittons Mehdi et Ma3zouzeya, en leur souhaitant bien du courage. Avant de partir, Mehdi nous glisse à l’oreille « Pour nous c’est fini, on ne peut plus s’en sortir. Mais vous, vous êtes encore en 2011, alors votez ! ».

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